Lignes de vie

 

Lignes de vie

Gisèle Khoury, journaliste comme son mari, a raconté avec pudeur de l’homme qu’elle a aimé, et ce malgré la douleur que cela représentait pour elle de parler de lui dans un lieu où il l’a précédée, un lieu où ils n’ont jamais voyagé ensemble. Pourtant, elle a saisi ce moment napolitain comme «une façon d’être encore un peu avec lui», et une occasion pour tracer les grandes lignes de sa vie.

Né à Beyrouth en 1960, de père palestinien et de mère libanaise, Samir a toujours été, selon Gisèle Khoury, un Beyrouthin, un homme de la Beyrouth cosmopolite, de la Beyrouth des réfugiés politiques, de la Beyrouth culturelle et de la Beyrouth-phare du monde arabe. C’est là qu’il y commence ses études, au lycée français, avant de s’installer à Paris à vingt ans pour continuer ses études de philosophie et d’histoire politique. C’est aussi à Paris qu’il fera ses premières expériences de journaliste dans plusieurs journaux et périodiques, dont Le Monde Diplomatique et la Revue d’Etudes palestiniennes, où il rencontre Farouk Mardam-Bey. Il devient ensuite éditorialiste dans plusieurs journaux, Al-Yawm as-Sābi, An-Nahar, Al-Hayat, et l'Orient-Le Jour, quotidien beyrouthin francophone qu’il crée en 1995 et dont il sera le rédacteur en chef. Tout en exerçant son métier de journaliste, il continue ses études et obtient en 1984 deux DEA en philosophie et philosophie politique à la Sorbonne, avant de passer avec succès en 1990 son doctorat en Histoire Moderne.
En 1993, il retrouve un cousin qui lui propose un poste dans une grande maison d’édition à Beyrouth. C’est alors qu’il décide de retourner dans le pays de son enfance. Il continu cependant ses collaborations avec les journaux qui l’ont vu débuter et devient, par ailleurs, «chargé de cours» au Département d'Etudes Politiques de l'Université Saint-Joseph à Beyrouth. En tant qu’historien, il se fait connaître dès 1992 avec la publication de son premier ouvrage, écrit à quatre mains avec Farouk Mardam-Bey, Itinéraire de Paris à Jérusalem. La France et le conflit israélo-arabe.

Dès son retour à Beyrouth, nous dit Gisèle Khoury, ses problèmes avec les services de renseignements généraux libanais commencent. En 1998, ils s’aggravent et Samir commence à se sentir menacé, notamment à la suite d’un article qu’il écrit au sujet d’un spectacle du chorégraphe Maurice Béjart, interdit au Liban par le gouvernement sous prétexte d’«atteinte à l’islam».
Depuis lors, selon les propos de Gisèle Khoury, «Samir voyait Beyrouth et le Liban en danger. Il redoutait que le gouvernement soit en train d’éliminer le visage culturel de la ville et son modernisme pour en faire un régime policier et militaire». Elle ajoute: «en 2000, il est directement menacé de mort par le directeur des services secrets, à l’époque l’homme le plus fort du pays ou, pour mieux dire, l’homme du régime syrien au Liban».
Les attaques, atteintes et intimidations dont il fait alors l’objet s’intensifient et touchent petit à petit tous les domaines de sa vie privée et professionnelle. Certains journaux ne sont plus autorisés à publier ses articles et les personnes qui ont des projets ou qui travaillent avec lui sont régulièrement menacées. En 2004, il co-fonde le mouvement de la Gauche démocratique, dont il devient un des principaux leaders. Il participe ensuite à la «Révolution du Cèdre» pour la démocratie et l’indépendance du Liban le 14 mars 2005. Il est assassiné le 2 juin 2005, devant sa maison, dans un attentat à la voiture piégée, tout juste 3 mois après la première victoire politique du mouvement de la Gauche Démocratique, remportée en mars. Perrine Delangle
(10/04/2006)

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