Esmer, Thirode et Farhati

Esmer, Thirode et FarhatiLe lendemain matin, comme tous les matins à la maison de la culture, les réalisateurs des films projetés la veille viennent répondre aux questions des journalistes. On ne s'étonne jamais assez de la curiosité des festivaliers même si les demandes sont souvent naïves, portent sur les intentions de l'auteur et concernent le contenu plus que la forme.
Le soir, programme intéressant: «11 et 10 Kala» de Pelin Esmer est un film étonnant, réalisé par une jeune cinéaste turque de 38 ans. Ce premier long-métrage de fiction prolonge un premier documentaire «Collector» 2002, déjà remarqué dans les festivals. L'étrange histoire d'un octogénaire qui collectionne toutes sortes d'objets depuis des années, des journaux en particuliers. Son appartement, perché dans un vieil immeuble d'Istambul, devient un dépôt de vieilleries où il a du mal à se déplacer. Son obsession : trouver le 11ème volume de Encyclopédie d'Istambul, le seul qui manque. En bas de l'immeuble un concierge, Ali, 34 ans vient ajouter sa solitude à celle du vieux qui, devenu asthmatique, en a bien besoin. Un film singulier, profond, sans concession, obéissant à son seul rythme, porté par un regard attentif ; une fiction aux confins du documentaire sur le temps qui passe, la mémoire et la solitude. Il obtient le prix spécial du jury. Largement mérité.
À 19h 30, un documentaire émouvant de Pascale Thirode, une enquête aux allures personnelles entreprise par la réalisatrice partie en Corse, accompagnée de ses deux filles, sur les traces d'un grand père au passé ambigu. C'est l'occasion d'un retour sur l'histoire de l'île pendant la deuxième guerre mondiale. Un film très familial, dont la dimension profondément intime a paradoxalement d'amples résonances historiques. De la micro-histoire en images.
Le soir «Dès l'aube», le dernier opus du cinéaste marocain Jilali Farhati, encore un film puzzle, où se mêlent cinéma et théâtre dans une composition ouverte qui se révèle progressivement, comme un décor tournant, délicatement tressée de motifs graves comme l'immigration, la drogue, la création etc... le film est apprécié par la critique. Jilali Farhati est la fièrté des cinéphiles marocains. J'apprends à l'heure où j'écris cet article que l'Association des critiques a décidé de lui consacrer deux journéexs d'étude en sa présence à Tanger les 12 et 13 novembre prochain.

Tahar Chikaoui
(17/05/2010)

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