L’espoir se modèle à Sejnane

L’espoir se modèle à Sejnane
Sofiane et Selma Ouissi (a)

 

 

Sofiane et Selma Ouissi n’ont pas attendu la révolution tunisienne pour essayer de faire bouger les mentalités et les habitudes dans leur pays. Leurs principaux outils : la culture, l’imagination, un regard profondément humain sur leurs concitoyens, où qu’ils soient, à la ville comme à la campagne, et surtout une envie débordante d’encourager la création dans la pratique des plus humbles, souvent eux-m ê mes artistes à leur insu.

C’est dans cette dynamique que “Dream city” a vu le jour il y a plusieurs années. Sa deuxième édition, en octobre 2010, annonçait, à sa façon, le grand chamboulement qui allait advenir quelques mois plus tard.
L’espoir se modèle à Sejnane

La manifestation investissait toute la medina de Tunis, faisant sortir l’art  “de son cadre institutionnel de galerie ou de lieu culturel pour se rapprocher des publics” (1). “Penser la ville artistiquement” en faisant descendre la culture dans la rue, en revalorisant son patrimoine matériel et immatériel, en détournant ses lieux de leurs destination et usage habituels, s’est avéré une manière innovante d’intéragir avec les Tunisois, de capter leurs regards et leur curiosité. C’est dans cette optique que se sont produits de nombreux artistes, faisant jaillir leurs performances dans les recoins les plus innattendus de la médina.

 

 

L’espoir se modèle à Sejnane
Dream City


Normal 0 14 false false false MicrosoftInternetExplorer4 Impromptus, ces petits moments clandestins s’imiscent dans le quotidien des Tunisois selon les différents les parcours qui leur sont proposés.
Sur des modalités voisines, les photographies de Tunis de la plasticienne Patricia K triki, placardées sur les panneaux d’affichages de la ville à la place des publicités ordinaires interpellent les passants, tandis que les exploits culinaires de Rachida viennent rappeler à ceux qui les dégustent que “manger est avant tout une pratique culturelle de partage… dans une société contemporaine urbaine où on ne prend plus le temps de cuisiner.”

L’histoire de la Médina est aussi revisitée. Un pan de sa mémoire enfouie émerge dans la chorégraphie, signée par Sondos Belhassen et Malek Sabai, et inspirée de Dar Joued. Cette bâtisse fut, de la fin du XVI ème siècle à la moitié du XXème siècle, un espace d’internement pour mater les femmes indociles. Peu connu des jeunes générations, ce lieu est toutefois bien ancré dans l’imaginaire féminin de la medina.

 

 

L’espoir se modèle à Sejnane
Sondos Belhassen et Malek Sabai (b)


Transférer leur energie du coeur de Tunis en milieu rural, dans une des régions les plus pauvres de la Tunisie du Nord, n’a pas été une mince affaire pour Sofiane et Selma Ouissi. Mais aujourd’hui, "Laaroussa" apparaît comme un beau défi que le frère et la soeur, et surtout les femmes potières de Sejnane, sont fiers d'avoir relever.

L’espoir se modèle à Sejnane
En quoi consiste "Laaroussa"? Le projet soutenu par plusieurs associations et institutions (2) a débuté il y a quelques mois, en février 2011. Son but est de lutter contre l’extrême pauvreté de la région en rompant l’isolement des femmes potières de Sejnane,  de rendre collectif, et rentable sur le plan économique, un savoir faire qu’elles pratiquent de manière isolée. Les femmes de Sejnane modèlent depuis toujours des poupées en terre cuite mais elles le font seules dans un état de dénuement parfois insoutenable. En les dégageant de leurs charges domestiques, en leur permettant de mettre en commun leurs compétences et de les organiser, "Laaroussa" trace d’autres possibles, renverse le caractère inéluctable d’une vie particulièrement rude où les femmes parent aux taches ménagères tout en maintenant matériellement leur famille.

«Le projet a permis de développer des moments de vie et de partage forts avec cette communauté de femmes et d’oeuvrer artistiquement à la construction d’une société où le peuple est autonome et où tous les savoirs sont valorisés pour un meilleur vivre ensemble», expliquent Sofiane et Selma dans leur invitation à se rendre le 18 juin à Sejnane pour y rencontrer les potières et les artistes associés au projet (3).

 

 

 

 

L’espoir se modèle à Sejnane
© Augustin Legall / Algo


Normal 0 14 false false false MicrosoftInternetExplorer4 Fabrique d’espaces populaires de création culturelle, "Laaroussa" est avant tout un laboratoire de vie et d’échanges : ainsi plusieurs femmes sont venues de Nantes à Sejnane pour partager avec ses potières leur propre expérience de travail collectif au féminin, tandis que Sofiane et Selma se sont nourris des moments forts de "Laroussa" pour proposer une nouvelle chorégraphie. Rappelons que le projet est accompagné par de nombreux artistes de "Dream City".
Aujourd’hui le collectif Laroussa veut aller encore plus loin avec la construction d’une coopérative auto-gérée par les femmes de Sejnane. Un rêve que la tenacité inventive de Sofiane et Selma pourrait bien transformer en réalité.

(1) Z.A.T, publication réalisée dans le cadre de la deuxième édition de Dream City
(2) Laroussa est soutenu par la Fondation Anna Lindh, la Délégation de l’Union Européenne en Tunisie, l’Institut Français de Coopération, l’Ambassade de Suisse, la ville de Nantes, Dorémail, Vision+, l’Association Muzaq, l’Art Rue, la Luna, Propaganda, S.P.I.B.A, le gouvernorat de Bizerte, la municipalité de Sejnane et les partenaires médias, Mille et 1 Tunisie, adc, Tuniscope.
(3) Télécharger le programme complet de la journée du 18 juin.

Pour en savoir plus sur le collectif Laaroussa, lire sur le beau reportage d’Augustin Legall dans afriqueinvisu.org:
http://www.afriqueinvisu.org/laaroussa.html

 

 

 



PROGRAMME DU 18 JUIN 2011 à 17h à SEJNANE
14.30h - Départ de Tunis devant l’office National du Tourisme
17.00h – Accueil des invités à Sejnane
17.15h – Distribution de la photo d’identité de la femme Hôte qui vous guidera tout au long de
l’expérimentation. Chaque femme prendra en charge pendant toute la monstration 3 à 4 personnes.
17.30h – Début de l’expérimentation et des ateliers menés par les femmes
17.45h – Ouverture des espaces de projections et de diffusions sonores avec une libre circulation.
18.30h – Performance vocale de Saloua Ben Salah, Sassia, Hedhba et Najia Saïdani.
19.00h – Banquet préparé par les cuisinières du collectif Laaroussa pour tous.

Un bus sera mis à disposition des invités devant l’Office National du Tourisme de Tunis le 18 juin à 14h30. Merci de réserver vos places de bus au plus tard LE 13 JUIN en appelant le numéro suivant : Tel. +216 27 22 92 22

 

 


 

Photos:
(a) - Initiateurs de “Dream City” et de “Laaroussa”, Sofiane et Selma Ouissi sont aussi chorégraphes et danseurs.
(b) - Prison des délits de coeur de Sondos Belhassen et Malek Sabai. Création en octobre 2010 pour la deuxième édition du festival Dream City à Tunis. Au CND le 16 mars 2011.
Nathalie Galesne
(08/06/2011)

 

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