Figures arméniennes

 

Figures arméniennes Avec "Little Armenia", la presse arménienne refait son look en donnant la parole aux Arméniens de la 3e et de la 4e génération. Et on est loin du folklore et des clichés, car c’est une communauté particulièrement créative qu’interpelle et revendique ce supplément, une communauté qui sait regarder son passé en face.

"On a tendance à croire que les Arméniens vont disparaître, noyés, broyés dans la société française. On a tous cette crainte de l'assimilation totale. On se pose tous la question de la transmission." Dans le tout premier numéro de "Little Armenia", Dro Kilndjian, un jeune marseillais, par ailleurs programmateur d'un festival de musiques nouvelles très réputé en France, s'exprime en toute liberté sur ses origines, ses racines, son "arménité". "Little Armenia" a vite trouvé le ton juste, la bonne distance pour s'adresser aux jeunes d'origine arménienne et aux autres. "Forcément, c'est un journal lié à une communauté. Mais je ne veux surtout pas d'un contenu sectaire, poussiéreux."

"Il manquait quelque chose..."
Fred Azilazian, rédacteur en chef du magazine, musicien, est un arménien de la 3e génération. Ce sont ses grands parents qui se sont exilés à Marseille. Comme des milliers d'autres arméniens fuyant le génocide de 1915. On estime aujourd'hui à 80 000 le nombre de Marseillais d'origine arménienne. Une communauté extrêmement bien organisée: partis politiques, associations culturelles, clubs sportifs...La diaspora a aussi ses journaux. "Mais il manquait quelque chose qui nous parle. Je crois qu'aujourd'hui, il y a de plus en plus de jeunes, qui ont envie d'être informés sur ce qui se passe dans la communauté." Julien Harounyan, président de "Jeunesse Arménienne de France", soutient activement ce nouveau média.



"Little Armenia" est, depuis septembre 2008, le supplément du mensuel "Des Nouvelles d'Arménie", un magazine d'actualité qui fait référence dans la communauté. Il se décline aussi sur internet, sur les réseaux sociaux de My Space et de Facebook. "Notre objectif, c'est de toucher toute la diaspora d'ici et d'ailleurs. " Le titre du magazine peut faire penser au quartier arménien de Los Angeles, qui porte le même nom. "J'avais surtout envie d'un titre qui interpelle. Un titre universel." Chaque mois, le journal publie une enquête, qui répond aux préoccupations des jeunes: l'emploi, l'usage d'internet...

"Monde nouveau, Monde ancien"
La couverture du dernier numéro d'avril est consacrée au génocide: "1915-2009: la vie continue." On trouve dans ce dossier un article sur la façon dont la jeunesse turque envisage la question du génocide arménien, notamment sa reconnaissance par la Turquie. Son auteur , Lilya Melkonyan rappelle l'émotion et la mobilisation que la mort de Hrant Dink (1) ont suscitées en Turquie. "Aujourd'hui la jeunesse arménienne doit tendre la main à la jeunesse turque, et l' encourager à chercher la vérité, à combattre le négationnisme." "Le mois d'avril est le mois de la mémoire pour les Arméniens. (2) On a voulu l'aborder sous un angle différent. Il y a un mouvement bien réel en Turquie, il ne faut pas le nier." précise Fred Azilazian. Une démarche qui ne met pas tout le monde d'accord dans la communauté. "Il y a des conflits de générations. Mais tout ça évolue..."

Chaque mois, le magazine part à la rencontre de jeunes qui contribuent à dynamiser la diaspora. Une rubrique qui s'intitule "Des visages, des figures" dont la photographie est extrêmement soignée. "La particularité de ces jeunes de la 3e et 4e génération, c'est leur extraordinaire pouvoir de création. Malgré le poids du souvenir, on ouvre les vannes!" A l'image de la musique et des mots de l'artiste Frédéric Nevchehirlian, chanteur et compositeur, slameur. Little Armenia a dressé son portrait. Son premier album, rare mélange de rock et de poésie sort. Son titre interpellera forcément la jeunesse, quelle que soit ses origines: "Monde nouveau, Monde ancien"...

 



(1) Hrant Dink, journaliste d'origine arménienne, a été assassiné le 13 janvier 2007 à Istanbul. Il était le fondateur d'"Agos", journal édité en arménien et en turc.
(2) Le génocide arménien a débuté en avril 1915 dans la Turquie ottomane.

 



www.armenews.com
www.myspace.com/llttlearmeniamagazine
www.myspace.com/nevchehirlian

 

Emmanuel Vigier
(11/05/2009)

 

 

 

Related Posts

Grandeur et dérives du cinéma turc

25/05/2006

La renaissance dont on parlait depuis plus de deux ans, n’était pas un vain mot. Le renouveau du cinéma turc se confirme et s’enracine. Même la mauvaise herbe pousse avec vigueur sur ce terreau redevenu fertile. Toute ambition, de la plus sincère à la plus perverse, y trouve alors sa place. La cohabitation du pire et du meilleur sur les mêmes écrans, n’est-elle pas au fond, signe d’énergie sinon de bonne santé?

Le cinéma turc au mieux de sa forme…

14/04/2009

Le cinéma turc au mieux de sa forme…Le cinéma turc se porte excellemment bien, tant sur le plan de la qualité que sur celui de l’audience. Et même la crise n’a pas suffit à renverser la vapeur.

La révolte musicale d’un Congolais à Istanbul

08/09/2010

La révolte musicale d’un Congolais à IstanbulLe chanteur et musicien reggae Enzo Ikah, qui s’insurge contre la guerre et l’injustice dans sa musique, est en train de devenir la voix de la paix et de l’amour en Turquie, un pays qui du fait de l’immigration, devient de plus en plus multiculturel.