Mort et Moi

  Mort et Moi « Qu’est-ce qui se passe dans un corps rempli de contradictions entre une volonté de s’ouvrir à l’autre et celle d’une éducation forte qui maintient à l’état de virginité » interroge Bouchra Ouizguen dans son spectacle « Mort et moi », produit par la compagnie Anania.

Pour chercher une réponse et éviter l’enlisement dans le piège mortifère du déchirement et du clivage, la chorégraphe s’est saisi de la danse et a entamé un travail de création par lequel transite sa tentative de libération et de réconciliation de la tradition et de la modernité.

L’affiche du spectacle nous montre la jeune fille mordre une chaîne d’or cliquetante comme un jeune chien qui voudrait se défaire du collier de mauvais métal qui emprisonne son cou. A partir de sa culture - la danse orientale, ses clichés, ses objets- Bouchra puise et forge des représentations avec lesquelles jouer et transgresser. Mort et Moi « Je suis la même personne qui se transforme d’une situation à l’autre afin tout simplement d’essayer de vivre », ajoute-t-elle pour désigner la forte dualité intérieure née de deux cultures – la marocaine et la française- qui cohabitent en elle et la tourmentent. C’est précisément à ces contradictions qu’elle a décidé de se frotter dans son spectacle, n’hésitant pas à les narguer. De fait, violence, diversités, cultures, symboles, codes et interdits sont évoqués sur le fil du rasoir de « mort et moi », à partir du regard et du travail sur le corps que met en scène cette chorégraphie.

Bouchra Ouizguen a travaillé avec les noms les plus prestigieux de la danse contemporaine. En 2002, elle fonde la compagnie Anania à laquelle se joignent les musiciens et créateurs de sons Karim Meskini, guitariste classique de formation, et Guaspard Guibert qui mène de paire recherche sonore et chorégraphique. Mort et Moi «La rencontre avec deux musiciens d’univers très différents a été très forte dans cette aventure», explique Bouchra. Aventure à laquelle était aussi conviée le créateur de mode Bernard Souz, vivant également à cheval entre deux cultures puisqu’il a abandonné il y a quelques années la mode parisienne pour s’installer à Marrakech.

En rassemblant leurs multiples expériences, ces trois jeunes créateurs proposent au public un spectacle où convergent, dans un même mouvement, concept, danse, musique, signes et gestualités du corps pour pointer comment celui-ci demeure le coffre de résonance privilégié des parties les plus ensevelies et les plus bridées de nous-mêmes.

Le projet de Bouchra Ouizguen a été soutenu par l’Ambassade de France à Rabat et par l’Institut culturel français de Marrakech et de Fès, enfin et surtout par la Fondation Cartier pour l’art contemporain de Paris où le spectacle a été présenté le 6 octobre dernier. Irene Schiatti
Letizia Teri
Alessia Torti

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