L’exposition «Convergences» à Casablanca

L’exposition «Convergences» à Casablanca
«Grand T», Antoni Tapies, 1982, lithographie

 

L’exposition «Convergences» est une date. Il est rare en effet qu’on ait l’occasion de voir à Casablanca des manifestations de cette envergure et aussi bien documentées. Et surtout, parce que ça fait 45 ans qu’on l’attend. «Convergences» ne saurait être comprise sans la «Rencontre internationale des artistes» qui s’était tenue en 1963 au Musée des Oudayas de Rabat. Pour la première fois dans l’histoire de la peinture contemporaine au Maroc, des artistes marocains avaient présenté leurs œuvres aux côtés de celles de Matisse, Picasso, Max Ernst, Miro… « A l’époque , rappelle Aziz Daki, commissaire de l’exposition actuelle, on se demandait si les peintres marocains étaient assez mûrs pour supporter la comparaison avec les Occidentaux ». Malgré l’importance historique de l’initiative, il n’y avait rien eu depuis.
C’est à cette date que «Convergences» fait explicitement référence, en faisant dialoguer les collections appartenant au groupe Société Générale à Paris, et celles de la Société Générale au Maroc. 58 artistes représentés, dont 29 Marocains, chaque œuvre marocaine étant couplée à celle d’un artiste français, américain, espagnol, belge, allemand, japonais ou chinois. Ce choix, s’il exclut, comme le regrette Aziz Daki, « les peintres marocains qui ne présentent pas de traits communs avec ceux du Groupe Société Générale », a le mérite de faire ressortir, sur plus d’un demi-siècle de création, les recherches et préoccupations communes, les « parentés d’ordre esthétiques ».

Parallèles
Charge propice à la méditation dans les œuvres épurées et ouvertes aux possibles de Takeo Adachi et de Safaa Erruas; puissance narrative de Chaïbia et de Pierre Alechinsky, fondateur du groupe CoBrA; force de surgissement chez Chillida tout autant que chez Abdelkbir Rabi ; prégnance du geste dans les œuvres engagées d’Antoni Tapies et de Mohamed Chabaâ; renouvellement de l’approche du paysage par Gérard Traquandi et Abderrahim Yamou; couleurs vives traitées en aplats chez Andy Warhol et Mohamed Melehi…

 

L’exposition «Convergences» à Casablanca
«Sans titre», Mohamed Chabaâ, 2007, acrylique sur toile / «Ligne indéterminée», Bernar Venet, 1989, dessin au fusain
 

 

Quelques coups de cœur: Yves Charnay, né dans une zone industrielle, se passionne pour la couleur, tandis que le Casablancais Abdellah Sadouk, lui, préfère les tons « reposants »: noir, gris et blancs. Tous deux proposent une intéressante réflexion sur la lumière, qui « ne se résume pas à l’éclat des couleurs ». Si C. Michael Klein se réfère aux accélérateurs de particule pour peindre l’éclatement d’une structure homogène, Houcein Miloudi peint « l’éclatement en cours », et la perte de sens qui en résulte. Autodidacte, Miloud Labied retrouve Bernar Venet, féru de maths, dans son travail sur la ligne circulaire.

 

 


Méthode féconde

 

L’exposition «Convergences» à Casablanca
«Sans titre», Miloud Labied, huile sur toile

Académisme, miroitement, motif tache, présence des références littéraires, agrandissement du réel, intrusion des objets populaires, tension entre le plein et le vide, exploration de la frontière entre peinture et sculpture, collages… si l’on retient quelque chose de ces parallèles, dont certains s’imposent mais d’autres laissent perplexes, c’est une recherche perpétuelle pour le renouveau des thématiques et des techniques. Pour Aziz Daki : « Les questions qui étaient au cœur de l’exposition de 1963 (la dette envers l’Occident, l’héritage d’une forme étrangère à la culture locale, l’originalité des arts plastiques au Maroc) sont encore d’actualité. Elles sont toutefois de moins en moins visibles au profit d’une pratique des arts plastiques comme allant de soi, sans s’embarrasser de l’autre ». Car les peintres marocains se sont avérés d’une grande maturité pour « s’aligner sans complexe avec le peloton des avant-gardes occidentales ».
Et surtout, cette méthode s’avère particulièrement fructueuse pour faire voler en éclat la sacro-sainte opposition entre tradition et modernité qui encombre trop souvent le regard sur la création marocaine.

Jusqu’au 14 mars – Espace d’art du siège de la Société Générale, boulevard Abdelmoumen, Casablanca

 

 


 

 

Kenza Sefrioui
(22/02/2008)

 

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