Asmae Khamlichi, poétesse

 

Asmae Khamlichi, poétesseLorsqu’elle a pris la plume, adolescente, c’est un poème qui est venu à Asmae Khamlichi. Cette toute jeune fille d’à peine 20 ans, née à Rabat en 1989, a obtenu en 2006 le premier prix 2M de la création littéraire, dans la catégorie poésie en langue française. C’était la première fois qu’elle présentait un texte dans un concours littéraire. L’année du bac, qu’elle a décroché mention très bien. L’an dernier, elle a eu une mention d’honneur du prix français Poésie en liberté, organisé à destination des lycéens. Plus récemment, elle a participé à un concours de nouvelles. «Je lisais énormément quand j’étais petite , confie-t-elle. C’est la lecture qui m’a amenée à l’écriture, vers l’adolescence» . Ses coups de cœur : Alessandro Barrico, Christian Bobin… «Je n’aime pas la prose carrée, qui ne laisse pas de place à la découverte et à l’interprétation». Sa mère, professeur d’éducation islamique, lui a fait découvrir Driss Chraïbi, et Asmae se souvient avec émotion de La Civilisation, ma mère! . Comme du choc que fut pour elle Lolita , de Nabokov. Elle a lu aussi tout Naguib Mahfouz, sur invitation ferme de son père, ancien professeur de critique littéraire à l’Ecole normale supérieure et nouvelliste de langue arabe.

 

Asmae Khamlichi, poétesse
Naguib Mahfouz

 

Dans l’écriture, elle ne cherche surtout pas de comparaison avec son père: «Il a choisi une langue, moi une autre, un genre, et moi un autre». C’est la liberté qu’elle recherche à travers la poésie. Une façon peut-être de chercher une ouverture par rapport au milieu bourgeois et conformiste qu’elle fréquentait dans son lycée privé marocain… «J’ai un rapport sentimental à la poésie, alors que la prose comporte un côté plus réfléchi», estime-t-elle, racontant le plaisir de chercher «le rythme et la musicalité». Elle préfère «la poésie libre». Le choix du français? «Jusqu’à dix ans, je parlais aussi bien français qu’arabe. Au collège, j’ai été très marquée par ma prof de français. J’ai développé une relation viscérale à la langue française. J’ai envie d’y découvrir les choses les plus marginales et les plus intéressantes. C’est lié aussi au fait les auteurs étrangers sont traduits en français qu’en arabe». Aussi estime-t-elle : «Je ne pourrais pas écrire en arabe».
C’est une partie de son premier recueil, La Tentation , qu’elle a présenté au prix 2M de la jeune création littéraire. Un texte écrit à 17 ans. «C’est loin. J’ai une certaine tendresse pour ces écrits». Cette expérience lui a permis de rencontrer des écrivains confirmés, des professionnels de la littérature, et surtout les autres jeunes poètes lauréats. Cette rencontre a été d’autant plus importante pour elle que peu de jeunes prennent pour modèle des écrivains. «Ça m’a encouragée à écrire, et donné un regain d’énergie. Car l’écriture, c’est le doute permanent».
En terminale scientifique, elle a écrit son second recueil, La Disparition . «C’est un voyage dans la vie. Cette année-là, je me suis ouverte plus brusquement au monde, mes textes sont devenus plus crus. Il y a des mots qui sont venus, que je n’aurais jamais utilisés avant. J’ai acquis plus de maturité».
Aujourd’hui, elle suit une prépa commerciale à Rennes, et apprécie l’ouverture que lui donnent ses études. «C’est équilibré. J’aime bien les maths, j’adore la philo, les langues». Elle aspire à travailler plus tard dans le domaine culturel et artistique. Et on espère que cette voix naissante en poésie continuera à s’affirmer…

Voix en devenir
«Je hais les revers
Du décortes rêves sont bien
plantés
te trouent le regard.
Autrement dit
C’est très bien,
Autrement dit
mes aurores sont striées
de sang et d’aspirine et les années s’allument
consommées en faux
rendez-vous, poisseuses de leur
pervenche beauté et réseau des
feuilles jaunies
qu’on retrouve en marchant
Sur le dos aux valses suspectes
D’un serpent à sonnette
Trois heures dans les placards
Mauves des amours absurdes».

 


Kenza Sefrioui
(16/06/2008)

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