Un Maroc, deux confessions…

Un Maroc, deux confessions…
le cimetière juif à Casablanca

 

16 mai 2003. Deux symboles de la présence juive à Casablanca sont pris d’assaut par les terroristes: le Cercle d’alliance israélite et la «miaâra» (le cimetière juif vieux de plus d’un siècle situé dans l’ancienne médina). Dans les deux attaques, aucun citoyen marocain de confession juive n’a péri. Et pour cause: l’attaque a eu lieu la nuit du vendredi au samedi qui marque la traditionnelle fête du shabbat où les membres de la communauté juive restent chez eux. Personne donc n’était présent au Cercle d’alliance. Quant au cimetière, cela faisait plusieurs années qu’il était fermé. Les terroristes, originaires tous du bidonville de Sidi Moumen, n’avaient vraisemblablement pas été briefés là-dessus.

«Nous sommes tous des frères…»

 

Un Maroc, deux confessions…
Return de Mohammed V au Maroc

 

Au lendemain des attentats, les habitants du quartier Verdun qui abrite la majorité des habitants juifs de la capitale économique ne croyaient pas leurs yeux. Jamais, un attentat n’avait ciblé cette communauté très attachée au Maroc. «Comment ont-ils osé attaquer nos frères?», lance amer, Abdelilah la quarantaine, natif et résident du quartier. Plusieurs années se sont passées après ces attaques meurtrières, mais cet homme qui a toujours vécu dans le même quartier ne parvient pas à comprendre les véritables motivations de ceux qui se sont explosés en face de l’Alliance. «Nous acons toujours vécu en harmonie avec nos frères juifs. Ils mangent notre couscous et on raffole de leur skhina (mélange de veau, du blé, du riz et de pommes de terres). Qu’ils aillent s’exploser en Palestine. Cela a beaucoup plus de sens», lance-t-il furieux. Le mot est ainsi lancé. «Les terroristes qui ont ciblé les symboles de la judaïté à Casablanca ne savaient probablement pas que le Maroc possède aussi une histoire juive», explique l’historien Maâti Mounjib. Et d’ajouter: «Ces jeunes de Sidi Moumen ont une culture politique très faible. Ils voulaient tuer du juif pour mériter le paradis. Pour eux comme dans l’imaginaire collectif marocain, juifs et israéliens vont de pair.» Le conflit israélo palestinien, surtout après l’Intifada et les images de Palestiniens tués par les soldats israéliens, ont fini par entériner cette confusion.
La présence juive au Maroc est ancestrale. Elle remonte à plus de deux mille ans. La fin de la présence musulmane en Andalousie marque en même temps une forte migration des communautés juives d’Espagne vers le Maroc. Cette communauté représentait durant les années 40 du siècle passé près de 300.000 personnes. La création de l’Etat d’Israël en 1948 allait nettement changer la donne. Il faut préciser que dans un contexte de la seconde guerre mondiale marquée par la Shoah, les juifs marocains ont été à l’abri des exactions. «Le Sultan Mohammed V a refusé que les lois antijuives de Vichy s’appliquent aux juifs du Royaume. C’est pour cette raison qu’il est considéré par les juifs du monde entier comme un des Justes», soutient ce leader de la communauté juive au Maroc. Les cagues d’immigration commencent donc quelques mois après la proclamation de l’Etat d’Israël, mais s’intensifient sous le règne de Hassan II. Une migration vers l'Etat hébreu pour les plus pauvres. Et vers la France et le Canada pour les plus nantis. «Les juifs marocains ont quitté le Maroc aussi pour des raisons économiques. D’ailleurs, les Marocains de confession musulmane font de même», assure le même leader.

Un million de résidents marocains à l’étranger juifs

 

Un Maroc, deux confessions…
Simon Lévy

 

Aujourd’hui, ils sont quelques milliers à vivre au Maroc principalement à Casablanca. On estime leur nombre entre 3000 et 7000. A la tête du musée du judaïsme marocain (seul musée de Casablanca!), Simon Lévy, également militant du Parti du progrès et du socialisme (ex- parti communiste) pointe du doigt le vrai problème : Les écoles n’enseignent pas que le peuple marocain a également une histoire et une composante identitaire juive. «Depuis 1967, les manuels scolaires d’histoire occulte la dimension juive au Maroc», renchérit l’historien Maâti Mounjib. «Même quand on évoque la communauté marocaine vivant à l’étranger, on ne parle que des trois millions de musulmans alors qu’un autre million juif, vivant à l’extérieur du Royaume, se considère toujours comme marocain», a à maintes reprises martelé Simon Lévy. Ces derniers reviennent chaque année se recueillir sur les tombes de leurs ancêtres. Et malgré les exodes successifs qui ont vidé le Royaume de ses juifs, ils sont nombreux à venir célébrer la hiloula (moussems juifs), rendant ainsi hommage aux centaines de saints juifs enterrés un peu partout au Maroc. Des marabouts qui sont parfois vénérés par les deux communautés, juive et musulmane...

 


 

Hicham Houdaïfa
(10/12/2008)

 

 

 

 

Related Posts

Jardin’Art 2008

06/04/2008

Jardin’Art 2008Du 10 au 13 avril 2008La ville de Marrakech accueillera la deuxième édition de Jardin’Art, le festival de l’art du jardin à Marrakech.

Salon international du livre de Tanger 12e édition

06/02/2008

Salon international du livre de Tanger 12e éditionTanger, Palais Moulay Hafid, du 27 fevrier au 2 mars 2008.Le prochain Salon international du livre de Tanger se tiendra au Palais des Institutions italiennes, ou Palais Moulay Hafid, sous le thème "Identités fugitives - traductions, frontières, diversité".

Liberté d’expression au Maroc, la fin d’une ère le début d’une autre…

30/12/2013

galvan 110Procès, boycott et emprisonnement des journalistes : des méthodes qui continuent de peser sur la liberté d’expression au Maroc. La presse était plus libre durant les années 2000, au début du règne du roi Mohammed VI, qu’aujourd’hui. Seuls quelques sites web d’information et des bloggeurs indépendants continuent à faire de la résistance.