Première Etape de la Caravane Culturelle Syrienne à Cecina en Toscane

C’est à bord d’un camper fuchsia que l’équipage de la Caravane Culturelle Syrienne bourlinguent sur les routes d’Europe pour rappeler que la révolution syrienne a bel et bien existé, qu’elle était et qu’elle demeure légitime malgré la complexité de l’échiquier géopolitique, les horreurs de l’Isis et l’impitoyable répression et destruction de masse qu’inflige, depuis plus six ans, le dictateur Bachar Al Assad à son pays. Dans ses coffres les œuvres de plasticiens, de la musique et des poèmes, et les saveurs de la gastronomie syrienne…

 

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Plantée au milieu de la pinède de Cecina en Toscane, la Caravane Culturelle Syrienne participait du 28 juin au 2 juillet, pour la première fois, au MIA (Meeting Internazionale Antirazzista). Ce grand rendez-vous estival de l’antiracisme, rendu à sa 23ème édition, est organisé par l’ARCI, la plus grande organisation culturelle de gauche de la péninsule.

«Nous avons créé la Caravane Culturelle Syrienne il y a trois ans, à l’initiative d’artistes et intellectuels syriens avec l’appui d’associations syro-européennes», explique Mohamad Roumi, photographe et réalisateur syrien vivant à Paris, accompagné dans le projet par son épouse Amélie Duhamel-Roumi.

 

 //Mohamad Roumi, Nathalie Galesne et Amélie Duhamel-Roumi

 

« L’idée est de se rendre dans les villes européennes afin de nous adresser à la société civile pour raconter la Syrie, en contrastant la vision colportée par les médias généralistes qui omettent la plupart du temps de dire les aspirations et les souffrances de notre peuple. » Les débuts de la caravane ont été chaotiques, le véhicule n’était pas en bon état, au bout des premières pannes Mohamad et ses co-équipiers ont bien failli plier bagage. Pourtant aujourd’hui avec plus de 60000 kilomètres au compteur qui l’ont conduite dans le sud de la France, en Allemagne, en Belgique, en Espagne, en Italie et en Norvège, la Caravane poursuit inexorablement sa route. Elle sera à Arles, Anduze, Bessas en juillet, à Paris en septembre, à Cahors en octobre, pour continuer ses pérégrinations jusqu’à Dublin.

« A chaque étape nous sommes surpris par l’accueil extrêmement enthousiaste que nous recevons, poursuit Mohamad. Les gens sont contents de rentrer en contact avec des Syriens, des personnes comme eux en chair et en os qui leur permettent de mieux comprendre, d’humaniser en quelque sorte, un conflit qui leur échappe. Nous savons leur parler sans aucune langue de bois, et ça aussi ils l’apprécient

 

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Sur le terre plein où la caravane a pris place, on respire malgré la gravité des thèmes abordés, comme un air de vacances dans une atmosphère où se mêlent militantisme et convivialité, à mi chemin entre la « festa dell’unità »* et l’université d’été. Sous un vaste préau qui héberge les différents ateliers, les artistes de la Caravane Culturelle Syrienne ne chôment pas : ils ont installé une exposition, animé un atelier, participé à une rencontre publique, et prépare un repas gastronomique syrien pour une centaine de festivaliers

Depuis peu à la retraite, Amélie Duhamel-Roumi dédie la plus grande partie de son temps à la programmation et à la visibilité de la caravane. Elle relate la vivacité des échanges survenus la veille durant la ‘Conversazione sulla Siria’ (Conversation sur la Syrie, ndlr) : «Derrière les exercices de style géopolitique, on oublie trop souvent qu’au cœur du conflit syrien, c’est la vie de millions de femmes et d’hommes qui est en jeu. Par exemple, pendant le débat le journaliste Fulvio Scaglione n’a pas dit un mot des manifestations du printemps syrien de 2011 ni de la répression et des bombardements menés par le régime de Bachar Al Assad. Pour lui la situation actuelle résulte exclusivement des manœuvres des grandes puissances régionales et internationales pour contrôler le pays.» Contestée avec vigueur par Mohamad Al Roumi, cette vision était également démentie par Najah Bukai qui a fait circulé dans le public ses illustrations de prison. Si l’opinion est devenue insensible au bulletin macabre de cette guerre qui atteint presque le demi million de victimes et cinq millions de déplacés, l’histoire personnelle de Najah n’a pas laissé l’assistance indifférente.

//Le débat « Conversazione sulla  Siria » raconté en image par l’illustratrice Federica Ciotti

 

Boucles brunes, large sourire, l’humour est loin de faire défaut à cet artiste. Mais au fur et à mesure qu’il égrène son récit, on plonge dans l’horreur. Emprisonné à trois reprises comme « terroriste » pour avoir participé aux manifestations de 2011 à 2014, Najah a connu et assisté à tous les types de tortures possibles. Au cours de sa dernière incarcération, au centre 227 de Damas, il a été contraint de transporter les cadavres de ses compagnons de geôles. « Chaque jour, avec d’autres prisonniers, nous devions charger les morts qui avait été tués sous la torture ou tout simplement éliminés à cause du manque de place dans nos cellules. Pendant soixante-dix jours, j’ai déplacé dans des camions des corps d’hommes sur lesquels avait été tatoué un numéro, comme au temps des nazis. Ce n’est d’ailleurs un secret pour personne si les tortionnaires nazis ont été accueillis en Syrie par la dynastie des Assad pour prêter main forte aux services secrets syriens.» Najah a pu être libéré grâce aux pots de vin que sa femme a versé à des fonctionnaires du régime. « Mon épouse à payer l’équivalent de 15000 €, ce qui correspond à 150 fois le salaire d’un professeur syrien. Ce n’est qu’au bout d’un an après ma libération que j’ai pu commencé à dessiner tout ce que j’avais vu, à faire sortir tous ses sons, ses cris, ses images… J’ai le devoir de raconter tout cela pour tous ceux qui ont perdu la vie ou croupissent encore dans les cachots de Bachar Al Assad, quand ils ne sont pas morts sous ses bombardements.

 

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Posté devant le camper le peintre Walid El Masri nous fait part lui aussi de son engagement aux côtés de la Caravane Culturelle Syrienne : « Nous prônons l’art contre la guerre. L’art ne doit suivre aucune imposition, il n’est pas voué à raconter l’histoire, mais indirectement il est l’expression de nos sensibilités, de nos vécus. Nos œuvres n’ont rien de dogmatique, elles donnent à voir une culture qui a été tenue sous silence pendant des décennies de dictature et que nous parvenons aujourd’hui à faire circuler. Depuis 2014 nous avons monté une soixantaine d’expositions, ces efforts nous les faisons pour les générations à venir. C’est une manière de participer au devoir de mémoire qui est le nôtre et à l’urgence du présent. »

 

//Peinture de Walid El Masri 

 

 

Pour découvrir les tournées et tous les artistes de la Caravane culturelle syrienne:

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* Fête populaire de débat et de culture créée à l’origine par le Parti Communiste Italien.



 

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