Le combat du bédéiste Kamel Mouellef contre l’oubli

Dans un cimetière, au détour d’une place, dans la rue d’un village reculé, si l’on prête attention, des traces d’un passé non lointain mais qui garde encore ses secrets, se manifestent partout en France. Les réminiscences d’actes d’engagement, de mobilisation. Cette histoire est celle des Maghrébins et Sub-Sahariens qui ont vécu en France et qui sont morts pour elle. Riche de plus d’un siècle, ces vies d’engagement se rappellent parfois à la mémoire collective.

Ici des soldats dits indigènes sont tombés au combat face aux Allemands lors de la Première ou Seconde Guerre Mondiale. Là encore un résistant algérien, Salah Bouchafa, a été arrêté dans un petit village et envoyé en camp de concentration nazi car membre de la Résistance à l’Occupation.

Depuis plus de quinze ans maintenant, Kamel Mouellef, Français d’origine algérienne, arpente avec détermination ces lieux où la mémoire de ces oubliés vit encore. Parfois un monument ou une stèle rend hommage aux sacrifices de ces hommes venus d’Afrique du Nord et de l’Ouest par deux fois pour aider la France.

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Cet engagement, Kamel le fait au nom de son aïeul, qui s’est manifesté à lui de manière particulière : “C’était en 1983, j’ai vu en rêve un homme vêtu d’un uniforme militaire. Je ne le connaissais pas. Il me demandait de retrouver sa tombe et de prier pour son salut. Cela s’est produit plusieurs fois. Lors d’un voyage en Algérie, ma grand-mère m’a montré une photo et c’était bien lui”. Son arrière-grand-père,Alouache Ahmed Saïd Ben Hadj, (1884 -1918) est incorporé en 1914 au sein du 7e puis 11e régiment de Tirailleurs de Constantine. Il se bat sur plusieurs fronts, la Marne, la Somme, dont la bataille la plus sanglante de la guerre, Verdun (février-juin 1916) qui fait plus de 300 000 morts et 500 000 blessés des deux côtés. Il décède en 1918.

 

Cette histoire, Kamel décide de la raconter dans une bande dessinée : “Turcos, le Jasmin et la boue” dont il fait de cet ancêtre retrouvé le héros. Rendre hommage aux musulmans morts pour la France est pour Kamel un combat pour la mémoire. Il décide même un jour de confectionner un grand drapeau à frange dorée sur lequel figurent les grands faits d’arme du premier régiment de tirailleurs algériens (RTA), le plus décoré. A plusieurs reprises, il s’est rendu dans des cimetières militaires avec ce même drapeau lors des cérémonies d’hommage le 8 mai et le 11 novembre.

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“Ces gens se sont battus pour la France. Mais on nous dit “vous ne voulez pas vous intégrer” alors qu’on a tout fait pour. Les Algériens se sont battus partout. Nos parents quant à eux ont vécu dans des gourbis sans s’en plaindre. Je me bats pour que les gens ouvrent leur porte et leur coeur. Je me bats contre l’oubli. Je me bats pour que les Maghrébins soient reconnus dans l’histoire de France. Il y a eu tellement de rejet que les jeunes sont perdus dans leur identité. Il sont musulmans mais aussi français”.  

En 2003, le match France-Algérie voit la Marseillaise sifflée par de jeunes Français d’ascendance algérienne qui envahissent ensuite le stade, une scène qui va bouleverser notre bédéiste. Il décide alors d’intervenir en direction des jeunes d’où l’idée de sensibiliser à travers l’outil éducatif de la bande dessinée, publiée en 2012 après des années de collecte d’archives à travers la France. Il fonde également une association, “Déni de mémoire” et intervient régulièrement auprès de lycéens et divers centres culturels.

Bien plus que les soldats indigènes, ce sont les résistants étrangers et notamment d’Afrique de l’Ouest et du Maghreb que la mémoire collective a mise de côté. Kamel Mouellef décide donc de publier une seconde bande dessinée, “Résistants oubliés” en 2016. Un ouvrage agrémenté de nombreuses photographies et cartes de résistants étrangers au parcours souvent hors du commun.

 

Photo4 270« J’ai vu toutes ces tombes de gens morts pour la France mais il n’y a jamais eu d’hommage. On minimise toujours notre apport. Je ne veux pas de repentance comme on veut le faire croire mais une reconnaissance de l’Histoire, que ce soit enseigné à l’école. François Hollande invite les anciens ennemis de la France au nom de la réconciliation mais où sont les chefs d’États africains ? Les Africains étaient présents lors du débarquement en Normandie. Les Algériens étaient de tous les combats depuis 1850. De gré ou de force, ils ont construit des routes, des hôpitaux et des métros en France. Voilà pourquoi je suis Français ! », ajoute-t-il sur un ton affirmé.

A la fin de la guerre, décision est prise par les autorités militaires du Gouvernement Provisoire de ne faire apparaître que des soldats ou résistants blancs lors des célébrations officielles pour la Libération des villes. Une sorte de « blanchiment » de l’Histoire. Les combattants de couleur sont relégués à l’arrière, combien même ils ont directement combattus contre les Allemands et ont réussi à libérer de nombreux territoires.

 

 


 

Plus d’infos: “Résistants oubliés”

http://www.glenatbd.com/bd/resistants-oublies-9782344007648.htm

“Turcos: Le jasmin et la boue”

http://www.bedetheque.com/BD-Turcos-le-jasmin-et-la-boue-Tome-1-153593.html

 
 
Rafika Bendermel
04/07/2017
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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