Je crois en un seul Dieu de Stefano Massini

Trois femmes en une, trois religions, religions du Livre, un destin similaire, une vie vouée, dévouée jusqu’au bout. Au bout de quoi ? D’une vie, d’une personne, d’un cauchemar, d’une histoire, d’un peuple, celui de Palestine.

Qui sont ces femmes ? L’une est palestinienne Shirin, l’autre israélienne Eden, et la dernière est Mina l’américaine. Chacune a une bonne raison d’être là, à cet endroit précis. A ce moment précis. Un moment réglé comme du papier à musique, au millimètre.

Toutes les trois seront amenées à se rencontrer, dans la mort. Et seulement dans la mort.

//©Sonia Barcet/ Rachida Brakni

Rachida Brakni joue les trois personnages, seule, dans un décor en forme de boîte hermétique, muni de trois sorties ou entrées creusées dans du béton, un décor gris, elle est vêtue de gris elle aussi- . Elle est interchangeable, imperceptiblement quelques gestes lui suffisent pour passer d’un personnage à l’autre.

Rachida Brakni n’a pas peur de jouer cette partition à trois voix, à trois corps, à trois vies. Parfois elle parait si légère avec des pas sans trace qu’elle semble voler un peu. Elle aime les défis, la justice, revendique une identité multiple, des engagements multiples, plusieurs vies en même temps. Partir, tout quitter dès que ca ne va plus. Et recommencer, ailleurs, autrement.

Au moment du salut, elle s’approche, discrètement, les yeux rouges. On a juste envie de l’embrasser.

Arnaud Meunier, « profondément pasolinien », avait monté le superbe spectacle « Femme non –rééducable » en référence à la Tchétchénie, d’Anna Politkovskaïa, incarnée par la magnifique Anne Alvaro. Il est directeur par ailleurs de la Comédie de Saint-Etienne et réalise une nouvelle fois une brillante mise en scène du texte de l’auteur dramatique italien Stefano Massini. Ce dernier est à la tête du Piccolo Teatro de Milan.

Son livre est édité aux éditions de l’Arche sous le titre « O-dieux » l’auteur a pensé à tout dans ce texte conçu « comme une succession d’instants » en référence à Cesare Pavese. Le théâtre, pour lui, est le lieu privilégié de l’analyse du réel du fait de la particularité de son fonctionnement à renaître tous les soirs.

Pour ces trois femmes, l’auteur précise que « dès le début elles sont conscientes de leur propre mort » Et pourtant elles restent, étudient, se déplacent, vivent.

« Je crois en un seul Dieu », et même si je ne crois pas, il n’y a qu’un seul Dieu. Pour tous.

Autant que faire se peut, le spectacle est à vivre et le texte à lire et relire.

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Stefano Massini, « Je crois en un seul Dieu », (traduit de l’italien par Olivier Favier et Federica Martucci),

L’arche Editions, 2017.

 

Spectacle joué au Théâtre du Rond-Point des Champs-Elysées-Paris.

 

 


 Djalila Dechache

 


 

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