Coquelicots d’Irak

coque-270Il faut regarder la couverture de ce livre tout blanc, elle dit déjà beaucoup. Une petite fille insouciante tient un bouquet de fleurs mais à mesure qu’elle avance, ces fleurs si éphémères et si particulières perdent leurs pétales en laissant un tracé rouge comme ses illusions perdues et les nôtres aussi. C’est bien plus qu’un livre, c’est aussi un album de voyages à travers les traces, les émotions, les instantanés d’une enfance heureuse en Irak.

Brigitte Findakly de mère française et de père irakien est née à Mossoul, sur les rives du Tigre, chef-lieu de Ninive en Haute Mésopotamie. Elle y a passé son enfance. Après l’arrivée de Saddam Hussein au pouvoir, la famille quitte le pays pour s’installer en France.

Elle coloriste, lui auteur-dessinateur, Brigitte Findakly et Lewis Trondheim ne sont pas à leur premier réalisation commune. « Coquelicots d'Irak » est leur dernier-né, vraiment réussi à bien des égards. Pas de jugements, juste des faits et des constats.

Au fil des pages sans pagination on découvre un pays superbe, d’une richesse culturelle et patrimoniale extraordinaire où la famille se réunissait et aimait à faire des pique-niques autour de la ville pour se rafraîchir, se dépayser et garder ce lien si fort avec la verdure en plein air.

« Et souvent, on allait sur le site archéologique de Nimrod. Moi, je jouais au ballon, et j'escaladais ce que je pouvais.».Heureusement l’auteur a inséré une photo personnelle prise par son père, où elle se tient sur l’un des lions majestueux gardiens du site qui n’existe plus aujourd’hui malheureusement.

On découvre également la vie quotidienne d’une famille mais pas seulement. A chaque page des saynètes où la réalité politique impose ses agissements et son empreinte, la disparition des uns, la mise au pilori des autres. Mais aussi privations, coupures d’électricité, angoisses…

coque-360Il y a heureusement de bons moments bien sûr, de « bons souvenirs » plus ou moins drôles mais le regard de l’adulte reste marqué par le présent jusqu’à la dernière page de l’ouvrage enveloppée de rouge ; les habitants à l’intérieur des maisons, le temps que dure la tempête de sable de Mossoul.

Ces dessins terribles où le père, frappé d’un AVC, à la santé qui se dégrade chaque jour un peu plus : il suffit de voir un déambulateur puis une chaise roulante vide.

Bien que les exils n’étaient pas légion dans les années 70, la famille déracinée trouve à son arrivée en France toutes sortes de difficultés pour s’installer. Et elle espère bien retourner au pays lorsque des jours meilleurs reviendront. Le mythe du retour fonctionne toujours.

Ce passage résonne avec tous ceux qui s’engagent dans un exil contraint, violent, notamment les voisins syriens, ceux désormais privés de leur terre, et les familles éclatées. Que représentent les pierres face à l’humain ? Bien sûr pas grand-chose sauf que l’humain c’est aussi ses constructions et ses transmissions.

C’est pourquoi ce récit nous bouleverse, nous touche à des degrés différents. Il crée de l’empathie et plus encore par ricochets. Cette région du monde est devenue interdite, envahie, inaccessible. Mais si l’Irak n’est plus, c’est que notre propre histoire n’est plus. Un peuple sans histoire est un peuple sans mémoire ni avenir...

Les souvenirs, la vie la famille aussi, les images et les textes, les dessins… tout contribue à constituer un pécule affectif et culturel.

C’est ce que détient ce magnifique ouvrage « Les coquelicots d’Irak ».

 


 

Djalila Dechache

Brigitte Findakly et Lewis Trondheim, Coquelicots d’Irak, Editions L’Association, 2016.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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