Entretien avec le réalisateur algérien Hassen Ferhani

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Première exposition d’envergure jamais réalisée sur les représentations de l’espace algérien, Made in Algeria, généalogie 
d’un territoire montre à travers cartes, peintures
et photographies, comment de la Renaissance à nos jours, l’exploration, la captation et la surveillance de ce pays ont participé de l’invention coloniale. En contrechamp de cette histoire sont présentées des œuvres d’artistes contemporains qui vont à l’encontre des stéréotypes liés à l’Algérie, à ses représentations et à son imagerie.

 

Entretien avec un artiste de l’exposition

Un invité, Un objet du Mucem

Hassen Ferhani et le nécessaire de cireur de chaussures libanais

 

Le réalisateur algérien Hassen Ferhani a reçu le Grand Prix de la Compétition Française du FID 2015, pour son film Dans ma tête un rond-point ; et ses photographies sont toujours visibles jusqu’au 9 mai au Mucem, dans l’exposition Made in Algeria. Invité à visiter les collections du musée au Centre de conservation et de ressources, il a, parmi des milliers d’objets, choisi de poser son regard sur un nécessaire de cireur de chaussures libanais.

 

Racontez-nous comment s’est déroulée votre découverte des réserves du Mucem...

Je suis très curieux, et pouvoir pénétrer dans cette caverne d’Ali Baba fut un vrai privilège ! A chaque instant, mon regard était surpris par un nouvel objet... Finalement, je me suis arrêté sur ce nécessaire de cireur de chaussure : d’une beauté frappante, il évoque aussi une réalité très dure, celle des gamins des rues, cireurs de chaussures.

 

Pouvez-vous nous le décrire ?

C’est un objet personnalisé avec, ici et là, des photos : une rose, la mer... Pour que le client, lorsqu’il baisse la tête, puisse s’évader et voir plus loin que ses chaussures ?
Il est chargé de vie : il doit avoir au moins 100 ans, et a pourtant été en activité jusqu’en 2008. A-t-il été transmis de père en fils ? Il a dû voyager dans le temps, passer de mains en mains, et de pieds en pieds ! Il renferme beaucoup d’histoires, comme ces petits tiroirs qui ornent la boite.

 

C’est donc son potentiel narratif qui a aussi inspiré le cinéaste ?

Pour un documentariste, partir d’un objet pour raconter une histoire, c’est passionnant. S’il pouvait parler, cet objet nous raconterait des millions d’histoires ! Les banalités échangées entre le cireur et son client, mais aussi la condescendance, les petites pièces jetées... On a retrouvé des tickets de loterie à l’intérieur de la boite : ce cireur de chaussures, vendait-il ces tickets, ou était-il joueur, pour changer son destin ?

EXPOSITION – MADE

Cet objet qui provient du Liban, vous parle aussi de votre pays, l’Algérie ?

L’un des films algériens qui m’a le plus marqué, Une si jeune paix, de Jacques Charby, traite justement d’une bande de yaouleds, les petits cireurs de chaussures qui, après l’Indépendance, se trouvent dans l’obligation d’abandonner leur travail lorsque le président Ben Bella interdit le métier de cireur de chaussure, perçu comme une survivance de la colonisation. Cela pose aussi la question de l’asservissement, et je suis d’avis que ce genre d’objet a plus sa place dans un musée tel que le Mucem, que dans la rue.

 

 


 

Commissariat : Zahia Rahmani, responsable du domaine Arts et mondialisation à l’Institut national d’histoire de l’art, et Jean-Yves Sarazin, directeur du département des Cartes et plans de la Bibliothèque nationale de France.
Scénographie : Cécile Degos

Exposition réalisée avec le concours exceptionnel de la Bibliothèque nationale de France et de l’Institut national d’histoire de l’art.


 
 
 
 
 
 
 

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