Révélations. Ces hommes d’affaires marocains (discrètement) présents au Panama

La firme panaméenne Mossak Fonseca, dont le piratage des serveurs est à l’origine des Panama Papers, n’est pas le seul cabinet juridique implanté dans ce petit paradis fiscal d’Amérique centrale. En marge de l’enquête mondiale coordonnée par l’International Consortium of Investigative Journalists (ICIJ), qui a révélé l’utilisation de sociétés offshore par le gérant de la fortune privée du roi Mohammed VI,Le Deska identifié plusieurs sociétés de droit panaméen créées et/ou dirigées par des entrepreneurs marocains à travers des agents locaux.

Les sociétés les plus anciennes, Mozika SA et Bensur Company Limited SA, ont été créées en 1979 par le cabinet Porras y Valdes. Selon les données du registre de commerce du Panama, ces sociétés étaient toujours actives à fin 2014. Leurs souscripteurs sont deux agents locaux, Felicia Marville de Wynter et Tilcia Rodriguez de Vergara, mais leurs dirigeants sont les membres de la famille Bennani Smires, propriétaire au Maroc du groupe Delassus, spécialisé dans la production et l’exportation de produits agricoles. Kacem Bennani Smires, PDG de Delassus et vice-président des deux sociétés panaméennes, n’a pour l’heure pas répondu aux questions envoyées parLe Desksur les activités de Mozika SA et de Bensur Company Limited.

Autre nom qui apparaît dans les listings consultés parLe Desk : l’homme d’affaires Miloud Chaâbi, fondateur et président de Ynna Holding. Il est le dirigeant de Bagdan SA, société créée au Panama en 2002 par le cabinet juridique Zuniga &  Asociados et dont le capital social s’élève à 10 000 dollars américains. Miloud Chaâbi est également le dirigeant d’une deuxième société panaméenne, Gladys Finance SA, créée en 2010, cette fois par le cabinet Aleman, Cordero Galindo &  Lee, cité récemment dans l’affaire Petrobas au Brésil. Contacté parLe Desk, Miloud Chaabi n’a pas encore répondu à nos sollicitations.

SAÂD BENDIDI TRANSFÈRE SES PARTS AU PANAMA

Saâd Bendidi transfère ses parts au Panama

SAÂD BENDIDI TRANSFÈRE SES PARTS AU PANAMA

L’actuel directeur général délégué du groupe Saham, Saâd Bendidi, a lui aussi des liens avec le Panama. Débarqué de la présidence de l’ONA en 2008, l’homme d’affaire s’était alors reconverti dans le business du mobilier de bureau en rachetant HWM Maroc, la représentation dans le royaume du géant américain Haworth. L’opération a été réalisée en avril 2008 à travers Jasia Holding, un véhicule de droit marocain créé pour l’occasion par Saâd Bendidi. Grâce à ses contacts au sein du groupe Finance Com d’Othman Benjelloun, dont il était le vice-président jusqu’en 2005, date de son débauchage par l’ONA, Saâd Bendidi a notamment décroché le marché du renouvellement du mobilier de la BMCE.

reve desk 545b

Mais il n’est pas resté longtemps l’actionnaire direct de Jasia Holding. Dès juin 2008, il a transféré toutes ses actions à une société basée au Panama, Babcock Holding SA, petite structure au capital de 10 000 dollars crééé pour l’occasion par le cabinet Aleman, Cordero Galindo &  Lee, le même agent qui a constitué deux ans plus tard la société Gladys Finance de Miloud Chaâbi.

Selon l’annonce légale qui détaille le transfert de parts réalisé en 2008 entre Saâd Bendidi et Babcock Holding, l’entrepreneur est devenu le représentant au Maroc de la société panaméenne. Contacté parLe Desk, il n’a pas répondu à nos sollicitations. Le directeur général de Haworth Maroc, Jacob Ouaknine, assure en tout cas auDeskque Saâd Bendidi est toujours le président de la société d’ameublement et son actionnaire principal à travers Jasia Holding.

 


 

Christophe Guguen

Contenu publié dans le Desk et repris par babelmed dans le cadre du programme Ebticar.

 

Related Posts

Les grivoiseries du mois d’avril dans la presse

07/05/2004

Les grivoiseries du mois d’avril dans la presseOn dit que les Marocains ne lisent pas la presse? C’est vrai en général. Mais il leur arrive parfois, comme en ce mois d’avril, de fréquenter assidûment les kiosques, de s’arracher certaines publications. A quelques jours d’intervalle, deux publications furent épuisées, en l’espace de quelques heures. Ce qui est un phénomène rare au Maroc. Et lorsqu’on ne trouvait plus les journaux, des amis serviables en faisaient des copies et nous les faxaient. Pendant plusieurs jours, les gens, qui raffolent des histoires sortant de l’ordinaire, ne parlaient que du contenu des articles de ces journaux. Plus sérieusement, la presse en ce mois d’avril s’est surtout préoccupée des réformes constitutionnelles en perspective. Tout le monde en parle, à droite comme à gauche, l’Etat comme la société civile. A force d’en parler, on va peut-être finir par les engager, ces réformes tant attendues.

La fabrique de la ville

13/04/2005

La fabrique de la villePour un urbanisme adapté au contexte des villes du Maghreb: Expériences, savoir-faire et savoirs. Du 19 au 21 mai 2005 Rabat, Maroc Les rencontres ont l’objectif de valoriser l’expérience des chercheurs, décideurs et professionnels en urbanisme et aménagement, autour de la gestion présente et de l’avenir des villes maghrébines.

Tintamarre à Timitar

25/06/2007

Tintamarre à TimitarLa quatrième édition du Festival Timitar se déroulera du 4 au 7 juillet à Agadir. Depuis quatre ans déjà, Le Festival Timitar accueille des groupes et des artistes du monde entier (Afrique, Amérique du Sud, Europe, Moyen-Orient) et propose au public le meilleur du répertoire traditionnel et contemporain.