"Poèmes d’espoir dans la douleur" de Ziad Medoukh

ziad-300Gaza résiste, existe ... Et persiste !  

Comment imaginer Gaza en 2016 avec sa population d’hommes et de femmes, de jeunes, son rythme, son activité journalière ? Est-elle une ville comme les autres ? Quelles autres ? Celles de Palestine, du Moyen-Orient, du monde arabe, du monde tout court ? Et ses artistes, ses auteurs et écrivains, ses cinéastes, ses intellectuels, ses étudiants, sa diaspora ? Pouvons-nous un instant imaginer leur vie quotidienne, se mettre à la place de l’un d’entre eux ?

Gaza est une ville semblable aux autres sauf que la guerre y est au centre et partout, quotidienne et cela change tout. Gaza qui rit Gaza qui pleure, qui enterre ses enfants : comment vivre avec cela ? Récemment, j’ai découvert, un peu tard il est vrai, l’auteur récemment disparu Salman Satour, notamment l’un de ses textes consacré à ses Mémoires, à la réalité foudroyante : « Je suis né après la guerre de 1948, je suis entré à l'école au moment où éclata la guerre de Suez, j'ai terminé mes secondaires pendant la guerre des Six jours, je me suis marié pendant la guerre d'Octobre (Guerre de Yom Kippour), mon fils est né pendant la guerre du Liban (1982), mon père est mort pendant la guerre du Golfe …..».

Telle est la réalité des Palestiniens. Et celle que décrit Ziad Medoukh.

Ziad Medoukh est directeur du département de français à l'Université Al Aqsa de Gaza et coordinateur du Centre de la Paix de Gaza. Lorsqu'il a terminé ses études de didactique du français à l’université de Paris VIII où il a obtenu en 2009 un doctorat en Sciences du Langage, il est retourné à Gaza. Il est l'auteur de Gaza, Terre Des Oubliés, Terre Des Vivants. 70 poèmes de la paix palestinienne .

Poèmes d’espoir dans la douleur, choix de 40 poèmes pour Gaza, pour la Palestine, pour la Vie, pour l’Espoir, pour la Solidarité et la Paix est son dernier recueil qui comme son nom l’indique renferme des textes difficiles, douloureux, textes de harangues, de paroles dites en soi et hors de soi, sans haine, des paroles d’espoir malgré tout, espoir qui reste le ferment de la vie.

Les enfants sont d’une maturité incroyable, tel «Ahmed Le Gazaoui, devenu adulte d’un seul coup » (p. 37) ou encore « notre sourire est plus fort que les avions » (p. 84).

« La résistance coule dans nos veines » (p. 45) se transforme en énergie renouvelée, en projection d'avenir. Ziad Medoukh, lui le « Le maladif-optimiste» fait écho au personnage du livre d’Emile Habibi « L’Optissimiste », contraction entre optimiste et pessimiste, qui se dit en arabe « Al-Moutachaël» .

Le texte dédié à « La terre palestinienne » illustrée par une photo de femme, de mère levant les bras au ciel en prière est me semble-t-il le texte le plus arabe, c’est-à-dire le plus ancré dans les composantes de la culture arabe. Il fait résonner les textes de Mahmoud Darwich qui a beaucoup écrit sur ce thème, mais aussi la chanson très connue « El ard betkalam ‘arabi » « la terre parle en arabe » de Sayed Mekkawi.

C'est un livre mémoire, un livre érigé en cri venant des entrailles, un livre de peine, de douleur, d'où naîtra forcément quelque chose d'autre qui sera la joie, la paix, l'amour. Un livre pour tous. Parce qu'en nommant les choses, elles adviennent. La paix adviendra, c'est inéluctable. C'est un livre qui forme un tout avec ceux qui ont dit, écrit, souffert, laissé une trace avant Ziad Medoukh qui en devient l'héritier et le passeur.

 

L’ouvrage est illustré par des artistes et photographes : Famille Al-Ali, Laurent Pruvost, Marie-Jo Parbot, Mahmoud Al-Kurd, Ernest Pignon-Ernest, Joss Dray, Nicole Pfund et Victor Guérin.

 

Ziad Medoukh, Poèmes d’espoir dans la douleur, Scribest Editions, 2016


Djalila Dechache

14/04/2016

 

 

 

 

 

 

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