Qui était Al-Nimr, l’icône chiite exécutée par l’Arabie Saoudite ?

//Dans le petit émirat à majorité chiite du Bahreïn, des manifestants ont défilé portant à bout de bras des posters à l'effigie d'Al-Nimr, devenu après son exécution par Riyad, une icône de la cause chiite arabe. Mohammed Al-Shaikh / AFP

 

Qui est cheikh Nimr Baqer Al-Nimr, qui a attisé toutes ses tensions entre l’Arabie saoudite et l’Iran ? Ce religieux de 56 ans était devenu rapidement la figure de proue du mouvement de contestation né –  dans le sillage des « printemps arabes » –  dans les provinces orientales saoudiennes en 2011 et 2012, contre un régime considéré pour la minorité chiite comme« sectaire »et« despotique ». Dans ce pays qui se définit comme le gardien de l’orthodoxie sunnite, régi par le wahhabisme, les chiites, qui sont deux millions sur une population dix-huit millions, s’estiment souvent marginalisés et harcelés par l’appareil policier.

  

Né en 1959 dans le quartier de Awamiah à Al Qatif, capitale des chiites d’Arabie, et issu d’une famille de religieux et de prédicateurs, il s’était déjà illustré par une pétition de« revendications chiites »au vice-émir de la région orientale. Une action qui n’avait obtenu aucune réponse du pouvoir wahhabite.

  

UN OPPOSANT DÉTERMINÉ, MAIS NON VIOLENT

Après avoir parachevé ses études en Arabie saoudite, il s’est dirigé vers l’Iran puis Damas pour approfondir ses connaissances théologiques et enfiqh islamique. Contrairement à d’autres hommes religieux chiites, Al-Nimr évitait soigneusement les discours fanatiques qui attisent la haine entre les sunnites et les chiites. Il avait, par exemple, refusé de soutenir les actes de violence de certains jeunes désespérés et frustrés de la région orientale de la péninsule arabique, paupérisée et majoritairement chiite.

  

Nimr Baqer Al-Nimr réclamait l’égalité des droits pour sa communauté, appelait à des élections libres et affirmait, provocation suprême, que la monarchie saoudienne serait renversée si la répression des chiites se poursuivait. Le prédicateur rejetait encore une fois le recours à la violence, affirmant que les manifestants devaient résister« par le rugissement des mots plutôt que par les armes ».

  

Malgré les pressions des autorités, Al- Nimr avait réussi à mettre sur pied son projet personnel, celui d’ouvrir laHawza d’Alqaem, un centre de formation des oulémas chiites, et d’organiser un festival annuel consacré à la reconstruction des tombeaux d’imams à Baqia, non loin de La Mecque. Une activité interdite par la doctrine wahhabite.

  

Son arrestation en juillet 2012 avait provoqué des affrontements entre chiites et la police dans l’est du pays. Il a été ensuite condamné à mort en octobre 2014 pour sédition, désobéissance au souverain, et port d’armes, par un tribunal de Riyad spécialisé dans les affaires de terrorisme. Cette condamnation a été mise en exécution samedi 2 janvier au matin, malgré les appels à la clémence des organisations de droits de l’homme en faveur de sa grâce.

  

Dans un fameux sermon d’octobre 2011, l’homme avait appelé à une alliance des opprimés, quelle que soit leur croyance. Il s’était même permis, à rebours du sectarisme dont Riyad l’accusait, de qualifier le régime syrien« d’oppresseur »,alors que celui-ci est pourtant l’allié de l’Iran.

  

Le cheikh Al-Nimr s’était aussi distingué par quelques prêches nettement plus provocateurs, notamment celui où il s’était réjoui de la mort du prince héritier Nayef, en 2012. Un an plus tôt, dans une autre diatribe, il avait appelé à une sécession de l’est de l’Arabie saoudite et à sa fusion avec le royaume voisin de Bahreïn, ébranlé à l’époque par la révolte de la majorité chiite contre la dynastie sunnite des Al-Khalifa. Surtout apprécié de la jeunesse déshéritée de Qatif, le religieux était tout de même considéré comme un dur par rapport à d’autres religieux nettement plus modérés, comme le cheikh Hassan Al-Safar.

 

UNE ICÔNE DE LA CAUSE CHIITE ARABE

Sa peine de mort aurait pu être commuée en peine de prison à perpétuité, mais la disparition du roi Abdallah, remplacé par un nouveau souverain, Salman, obnubilé par la menace iranienne – et par extension chiite –, comme l’a montré sa décision d’entrer en guerre contre les milices houthistes au Yémen, de confession zaïdite, une branche du chiisme, en aura décidé autrement.

  

Sa famille a annoncé que les autorités saoudiennes les ont informé que sa dépouille a été enterrée dans un lieu inconnu, dénonçant un acte non conforme aux préceptes de l’Islam, tout en appelant les manifestants à honorer sa mémoire et défendre ses idéaux de manière pacifique.

  

Son exécution, en plein bras de fer entre Riyad et Téhéran, l’a propulsé au rang d’icône de la cause chiite arabe.

 


Imad Stitou

@StitouImad

11/01/2016

Contenu publié dans le Desk et repris par babelmed dans le cadre du programme Ebticar. 

 

 

 

 

 

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