Le premier Rom au Parlement turc : l’éducation avant tout !

//Özcan PurçuPremier Rom membre du Parlement turc, et troisième du Parlement européen, Özcan Purçu mise tout sur l’éducation des enfants comme première étape pour résoudre les problèmes de chômage, de logement et de criminalité.

Né dans une famille pauvre, Purçu a lutté de toutes ses forces pour bénéficier d’une bonne éducation.

Originaire de Söke, il a vécu dans une tente avec sa mère, vendeuse ambulante de vêtements, son père artisan fabricant de corbeilles, et ses deux frères. Sans toilettes, eau courante ni électricité. Ils vivaient près d’un fleuve qui régulièrement sortait de son lit et détruisait tous leurs biens.

Ce fut une de ces inondations à lui donner envie de devenir une « figure d’autorité publique ». Sa famille avait demandé de l’aide au gouverneur du district. Le petit Özcan fut marqué par cette figure publique au point de nourrir un grand respect pour la charge qu’elle représentait.

« J’avais un rêve : étudier et devenir gouverneur de district. Les citoyens Roms s’adressaient souvent à son bureau pour demander de l’aide, quand leurs tentes étaient détruites, quand ils n’avaient plus un sou, quand les inondations imbibaient toutes leurs affaires. C’était pour nous la figure la plus importante de la ville », a raconté le député dans une interview pour le magazine turc Aksiyon1.

À l’époque, Özcan était jaloux des enfants qui portaient l’uniforme de l’école. Il réussit alors à convaincre son père de l’inscrire à l’école primaire. Mais il n’avait pas de papiers d’identité, nécessaires pour l’inscription dans le système éducatif.

Le proviseur de l’école gronda son père pour cette négligence, et ce dernier en réaction décida de ne plus inscrire son fils à l’école. Mais l’enfant ne baissa pas les bras et pour effrayer son père lui dit : «Maintenant que le proviseur nous connaît, ils viendront te chercher si tu ne m’inscris pas !» La menace porta ses fruits et le lendemain son père enregistra son fils à l’état civil pour obtenir les papiers nécessaires à son inscription.

Mais les problèmes commencèrent avec l’entrée de l’enfant dans la salle de classe, où il dut essuyer le revers d’une discrimination décourageante de la part des autres élèves comme de celle des enseignants.

« Personne ne voulait s’asseoir à côté de moi et le maître m’a relégué tout seul au dernier rang », se rappelle-t-il dans une interview pour le quotidien Hurriyet2.

1 http://www.aksiyon.com.tr/portreler/purcunun-hayati-roman_5508672 http://sosyal.hurriyet.com.tr/yazar/ahmet-hakan_131/anam-bohcaci-babam-sepetci_28927689

La discrimination et le malaise l’ont rendu timide, mais ont aussi nourri son ambition : ainsi passa-t-il haut la main tous ses examens et concours. «J’avais été si brillant en cours que le maître qui m’avait exilé au bout de la classe me donna un stylo plume. J’ai réussi à surmonter la discrimination en travaillant plus que les autres.»

Son succès scolaire n’impressionna pas outre mesure son père, qui voulait toujours que son fils abandonne l’école pour gagner son pain en tressant des corbeilles comme lui.

Quand Özcan s’opposa aux pressions familiales, une autre bataille s’engagea : ses parents avaient décidé de le marier, pour le forcer à quitter les études et à s’occuper de sa nouvelle famille. Ils arrangèrent le mariage avec la fille d’un voisin.

Mais encore une fois Özcan Purçu prit les choses en main : il alla voir son futur beau-père et le pria de renoncer aux noces. Le mariage fut annulé mais le père du jeune était furieux, il brûla tous les livres de son fils, ainsi que ses chaussures, pour l’empêcher d’aller à l’école. Mais cela ne suffit pas à bloquer le jeune déterminé, qui se rendit en cours chaussé des pantoufles de sa mère.

Il alla ensuite suivre des cours d’Administration publique à l’université de Uludag à Bursa, mais son rêve d’enfant de devenir gouverneur de district volait en mille éclats à chaque fois qu’il se présentait à un examen oral : en Turquie, quand un Rom est « démasqué » il n’y a plus personne pour l’embaucher ou lui conférer une quelconque charge.

« On peut toujours envoyer un CV à une entreprise, explique-t-il, mais il est immédiatement écarté à cause de la couleur de notre peau. Ils savent tout de suite qu’on est Roms. Ou bien ils s’en doute en lisant notre adresse »3.

//Özcan Purçu (à droite), avec le leader du Parti Républicain du Peuple (CHP).

Malgré l’adversité, Özcan Purçu n’a jamais renoncé à son projet. Il a créé plusieurs associations pour venir en aide aux citoyens Roms. Il a fondé la Aegean Roma Assistance Foundation et est devenu le représentant des Roms turcs au Conseil de l’Europe.

« Lors de notre première rencontre à Strasbourg, dit-il, en entendant tous les autres représentants parler le romani j’ai commencé à pleurer ! J’ai découverts qu’on parlait tous la même langue malgré nos différents pays d’origine : Turquie, France, Italie, Espagne, etc »4.

Aux élections de 2011, il se présente comme candidat du Parti Républicain du Peuple (CHP) sans être élu. Mais le 7 juin 2015, il devient le premier député Rom du Parlement National turc.

Après cette victoire largement célébrée, Özcan Purçu décida de s’engager en faveur de l’éducation des enfants Roms. Dans une interview pour BBC Turquie il déclarait : « Les Roms ont beaucoup de problèmes dès l’entrée à l’école. Le manque d’éducation est la principale cause de la pauvreté, de la discrimination et de la criminalité »5.

Tout en promettant de se faire porte-parole non seulement des Roms, mais de tous les opprimés, il déclara : « Je suis le représentant de tous les pauvres, de tous les marginalisés. Toutefois,

3 http://sosyal.hurriyet.com.tr/yazar/ahmet-hakan_131/anam-bohcaci-babam-sepetci_28927689 4 http://www.aksiyon.com.tr/portreler/purcunun-hayati-roman_5508675 http://www.bbc.com/turkce/haberler/2015/06/150608_ozcan_purcu

étant donné que les Roms ont des problèmes très urgents, nous pourrions nous concentrer davantage sur eux, en exerçant une sorte de discrimination positive ».

Le principal objectif de Özcan Perçu est de créer un nouveau modèle pour les enfants de sa communauté, en leur démontrant qu’ils peuvent réaliser leurs rêves.

purcu 545b

 


 

Övgü Pinar

16/06/2015

Traduction de l’anglais Federica Araco

Traduction de l’italien Matteo Mancini

 

Avec le soutien de :

 

 Gens du voyage,  éternels étrangers de l’intérieur? | Stéphanie Chauchet, FNASAT, Manouches, Gitans, Sinte, Roms, gens du voyage, ondation Abbé Pierre, SDRIF

 

 

 

 

 

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