Poisson d'avril au mois de décembre…

Poisson d'avril au mois de décembre: Le Maroc en tête de l'indice de démocratie arabe 2014

J'ai lu avec beaucoup d'étonnement une information publiée sur le site officiel du Ministère de la Communication marocain, et je me suis demandé : parle-t-on du même Maroc, ou d'un autre pays dans lequel nous n'avons pas eu l'honneur de vivre?

Le Ministère de la communication marocain cite le rapport annuel du réseau de "l'Arab Reform Initiative" (ARI), réseau comprenant des centres de recherches arabes, européens et américains. Celui-ci présente les résultats des progrès réalisés dans le domaine des pratiques démocratiques, de la liberté d'expression et du respect des droits du citoyen dans la région arabe. Ainsi le Maroc vient en tête de l'indice de démocratie arabe pour l'année 2014. Le pays se serait engagé dans un processus de réforme qui évolue constamment…?!

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D'après l'ARI, cet indice - le premier réalisé depuis le début des révoltes du ''Printemps Arabe'' en 2011- est basé sur des indicateurs observés dans 9 pays de la région: La Tunisie, l'Égypte, le Bahreïn, l'Algérie, le Maroc, la Jordanie, le Koweït, le Liban et la Palestine.

Le réseau s'est appuyé sur deux types d’indicateurs: indicateurs de moyens comme les textes et les lois, et indicateurs de pratiques comme les élections ''légale'' et le traitement des détenus.

Or, ces lois, même si elles évoluent pour égaler celles qui existent dans les démocraties anciennes restent sans aucune valeur si elles ne sont pas accompagnées de pratiques. C'est le cas au Maroc où la Constitution existe, mais n'est pas appliquée; et où les droits, les libertés et la démocratie sont des « slogans » retentissants, mais vides de sens dans la réalité marocaine. Par conséquent les deux indicateurs, pour reprendre la terminologie adoptée par les spécialistes, ne semblent pas pertinents.

Le gouvernement marocain est avide de rapports qui louent sa politique, d'où la publication sans aucune réserve de celui élaboré par ARI. Pourtant, normalement, le Ministère de la Communication s’insurge contre les rapports internationaux, et les rejette en bloc en les accusant de partialité et de manque d'objectivité.

Le rapport de l’ARI qui a su à l’inverse s’attirer l’approbation du gouvernement marocain se base sur une notion inexistante dans notre région. En effet, comment faire un rapport sur des pays où (à quelques exemple près, cf. la Tunisie, ndrl) la démocratie n’a pas droit de cité, et où l'essence même de démocratie est ignorée : la démocratie est une pratique et elle incarne une évolution politique qui forge une nation après des changements radicaux pouvant s'étaler sur des décades. De telles conditions sont absentes dans notre région. Peut-on publier un rapport sur une chose qui n’existe pas? Où est la démocratie dans le monde arabe pour pouvoir la mesurer, évaluer ses indices, et finir par classer un pays comme étant en tête des autres sur l'échelle de la démocratisation.

Le rapport pourrait en revanche devenir crédible et significatif si nous remplacions la notion de démocratie par celle de dictature en cherchant ses indices dans les pays arabes. C'est alors que la comparaison serait pertinente, et que la compétition entre les pays arabes se ferait acharnée dans la course au titre de meilleure dictature pour l'année 2014.

Préparons ensemble un autre rapport dans ce sens, et envoyons-le à ARI et au Ministère de la Communication marocain pour effacer ce crime perpétré contre la démocratie.

 


 

Article publié dans Arablog

http://sawti.arablog.org

 

 

 

 

 

 

 

 

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