Les «passages» d’Amman

Les «passages» d’Amman
© Daniele Coricciati

Je me demande ce qu’aurait pensé Walter Benjamin en parcourant les rues et les chemins qui forment le souk d’Amman.
Les passages de Paris sont ces constructions en verre et en fer, qui relient deux rues, emplies de magasins et de vitrines, ce sont nos galeries en ville, c’est peut-être le prototype des fausses places des grands centres commerciaux.
Chez Benjamin, ils sont aussi la métaphore de Paris capitale du XIX siècle, de la modernité. Le verre et le fer comme métaphore de la transparence et de la force. Le lieu de l’apothéose de la marchandise et de la publicité.

Eh bien, le souk d’Amman est l’exact opposé des passages parisiens : ciment à la place du verre et du fer, étroits boyaux où se juxtaposent tailleurs et coiffeurs, marchés infinis de produits d’occasion, d’une marchandise qui est passée de main en main sans avoir nécessairement reçu l’aval du propriétaire original, boutiques qui vendent à la fois des instruments de musique et des oiseaux, rendant hommage, peut-être, au célèbre talent de chanteurs de ces splendides volatiles, vendeurs de jus de canne à sucre, et puis le marché aux herbes, triomphe de la fraternité sur la place couverte, et comme dans nos fêtes paysannes, les vendeurs de poussins, oisons, poules, lapins : le tout rigoureusement vivant.
Comme est à vif, sous tes yeux, la coupe de la viande.
Et puis les herbes et les épices qui viennent d’être cueillis : camomille verte, fruits secs de toute sorte, essences qui dégagent une odeur vive, forte, périssable.
Et en cela, il me semble clair que nous passons du bref instant de la vie pauvre et difficile qui connaît la valeur de la plus petite pièce, au gaspillage compulsif du trois pour le prix de deux, des cartes de crédit, de la longue conservation, du consommable. Ce sont des lieux, guère convenables, guère propres, guère honnêtes, mais des lieux. En regard des non-lieux infiniment égaux des chaînes commerciales.

Nous sommes venus dans le souk d’Amman pour nous laisser charmer par la vie, par les cris des vendeurs. Sans exotisme, si cela est possible. Sans orientalisme, si nous en sommes capables.
Kuššu ‘ala al ma’rad al ‘ašra bi dinar : venez-voir, 10 pour 1 dinar.
Et puis, sur la place devant la mosquée, des chômeurs à la Bodini, au soleil, avec des instruments de travail, prêt à être appelés pour travailler à la journée.
Une fois, une petite fille m’offrit, pour mon anniversaire, une boîte de passe-temps. Cette intervention, nous la qualifions d’art conceptuel. Et ici, entre les vendeurs de lupins, ceux que Verri se mettait sur la tête quand il était enfant pour imiter la lune, je retrouve le temps, l’ancienne indolence, la soif de vie qui sont les miens.
La vie des réfugiés, les camps qui n’en finissent pas, ici à Amman, où se trouvent un million de réfugiés ayant fui la guerre en Irak, qui fêtent de cette manière l’importation de la démocratie, ici en Jordanie, où 60% de la population est palestinienne, ici où la Méditerranée se coagule et montre toutes ses contradictions, entre la beauté et les supplices de l’histoire.


Fabio Tolledi
27 marzo 2010
Traduction de l’italien Marie Bossaert
www.astragali.org

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