La liberté de la presse à nouveau malmenée en Tunisie

La liberté de la presse à nouveau malmenée en Tunisie
Taoufik Ben Brick et Zouhair Makhlouf

 

Demain, samedi 23 janvier, le journaliste et opposant tunisien Taoufik Ben Brick sera jugé en appel à Tunis. C’est son épouse, Azza Zarad, qui en a informé la presse mardi dernier, lors d’une conférence de presse donnée à Strasbourg, au Parlement européen. Taoufik Ben Brick purge actuellement une peine de six mois de prison. Il a été condamné le 26 novembre pour l’agression d’une femme d’affaires, mais ses proches dénoncent une manipulation destinée à le faire taire. Le prévenu est en effet l’un des opposants les plus farouches au président Ben Ali. Il a publié de nombreux écrits très critiques à son encontre dans la presse francophone. En février 2007, les éditions du Monde et du Nouvel Observateur qui avaient publié ses articles critiquant le président avaient été censurées en Tunisie. L’épouse de Taoufik Ben Brick dénonce «un procès politique», «une affaire fomentée par Ben Ali lui-même».
Elle critique également les conditions du procès, loin de se dérouler dans le respect de la justice. L’avocat du journaliste n’a ainsi été informé de la date du jugement que lundi, soit 5 jours auparavant, et la communication avec le détenu est presque impossible. Taoufik Ben Brick est détenu à 130 kms de Tunis, dans des conditions extrêmement difficiles. Il est par ailleurs gravement malade, et selon sa femme, sa vie est en danger. Cette dernière a entamé depuis le 6 janvier une grève de la faim, et organisé plusieurs manifestations avec la presse pour attirer l’attention sur la situation de son mari.

L’affaire survient au moment où un second procès de journaliste se déroule dans des conditions similaires. Zouhair Makhlouf, journaliste en ligne, défenseur des droits de l’homme et membre de l’opposition, est détenu depuis le 20 octobre 2009 à Nabeul. Le 1er novembre, il a été condamné à trois mois de prison ferme. Les motifs de cette condamnation, là non plus, ne sont pas clairs. Selon RSF, il aurait été arrêté et mis en prison pour avoir « posté en ligne un reportage sur les conditions environnementales de la zone industrielle de Nabeul ». Les raisons officielles (la mise en ligne d’une photo d’artisan sans le consentement de ce dernier) sont contestées par le prévenu.
Le 20 janvier, la cour d’appel de Nabeul a rejeté la demande de liberté provisoire déposée par son avocat, qui qualifie la décision d’ «injustifiée», et a reporté l’examen de l’affaire au 2 février. Ses proches et son avocat dénoncent les conditions de ce procès, qui empêchent le journaliste de préparer sa défense convenablement : Zouhair Makhlouf est toujours en détention alors qu’il a purgé sa peine, l’audience du 20 janvier a été annoncée deux jours avant, et le journaliste ne pourrait entrer en contact ni avec ses avocats, ni avec ses proches.

La concomitance de ces deux décisions de justice et le déroulement des deux affaires illustrent une nouvelle fois les atteintes portées à la liberté de la presse en Tunisie. En 2008, le pays a été classé 143e sur 173 pays au classement mondial de la liberté de la presse, par Reporter sans Frontières, qui a par ailleurs désigné le président Ben Ali comme l’un des «10 pires ennemis de la presse».

En France, les Verts et le Parti communiste ont pris fait et cause pour les deux journalistes, mais selon le parti écologiste, les principaux groupes politiques refusent régulièrement d'inscrire à l'ordre du jour le vote d'une résolution condamnant Tunis.

 


(22/01/2010)

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