De la cendre dans la bouche, de Charles Ducal, poète et écrivain belge

 


 

Tu es meilleur, après tout. C’est écrit  
dans le Livre. Ça se lit dans ton regard

quand tu les vois approcher: leurs habits fanatiques,

poussiéreux, le laissez-passer à la main.

ducal 250bnTu poses sur eux ton regard de créateur d’eau
dans un monde de sable. Ils habitent au hasard,
sans promesse, balayables
comme feuilles mortes. Ceci est ton pays.

Tu as appris à garder en vie, sans angoisse,

l’angoisse de la persécution, arrogant

comme celui qui s’est choisi son ennemi.

Tu l’abats. Tu es menacé,

la dette en souffrance donne à chaque bulldozer,

à chaque char le droit d’une sécurité
sans frontières. Tes yeux ont vu démolir
le Temple, saigner les pavés sous les sabots

des Croisés. Tu as deux mille ans,
tu étais là à Treblinka, à Schirmeck,
à Dachau. Que tu voles leur eau,

tires sur leurs enfants, les confines derrière

des barbelés, après tout, tu es le peuple
de Dieu, élu sur cette terre précisément.
Celui qui sous tes bois, tes villes, tes routes
entend pleurer l’ancien village

aura de la cendre dans la bouche.

 


 

Charles Ducal

Traduction du néerlandais de Katelijne De Vuyst et Danielle Losman du Collectif des traducteurs de Passa Porta.

 
 
 
 
 

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