Cinéma tunisien. Les années 80/90

 

Cinéma tunisien. Les années 80/90Dans la moitié des années 80 arrive une autre vague, et une autre génération. Le film phare de cette période reste L'homme de cendres de Nouri Bouzid. Réalisé en 86, un an avant la chute du régime de Bourguiba. Le désenchantement est à son comble, les cinéastes des années 70 se sont tus depuis un moment. Fatigués ou reconvertis à la production. En même temps que Nouri Bouzid, arrivent Mahmoud Ben Mahmoud, Naceur Khémir, Farid Boughédir et Moufida Tlatli. Tous leurs films sont tournés vers le passé, non pas sur le mode de la nostalgie mais dans une volonté de réhabiliter un passé lointain (Khémir) ou régler son compte avec un passé plus proche (Bouzid, Tlatli). Paradoxalement le désenchantement due en grande partie à l'échec politique d'une forme de modernité et au retour social d'une religiosité salafiste s'accompagne de l'affaiblissement du déni de l'influence étrangère, désormais moins honteuse. Quand on voit les films de Bouzid, ceux de Khémir, ceux de Ben Mahmoud ou encore ceux de Tlatli, on ne pourrait s'empêcher d'y déceler jusque dans leurs différences un soin esthétique, un écart stylistique qui nous éloigne de l'obsession d'objectivité qui marque les oeuvres de leurs prédécesseurs. Ils portent les marques d'une tension personnelle voire subjective qui convoquent la notion d'auteur. Quand il cherche à définir son esthétique, Nouri Bouzid n'hésite pas à invoquer la figure de Pasolini ; au-delà bien entendu de son degré de pertinence, la référence est le signe signe d'une conscience ou d'un désir de répondre à une forme de singularité telle qu'elle est apparue dans le cinéma d'ailleurs, en tout cas bien plus qu'à une volonté de répondre à une nécessité locale, nationale ou sociale. Le paradoxe du cinéma de Khémir tient précisément là : la prétention, affichée dans l'oeuvre et proclamée par l'auteur, de restituer une esthétique arabo-andalouse perdue, pour générale qu'elle est, n'en est pas moins marquée par un forte inscription autobiographique. En tout état de cause, contrairement à la première génération, celle des années 80/90 est plus consciemment inscrite dans une filiation artistique ; une filiation moins abstraite cependant, plus personnelle qu'idéologique. Disons que la question de l'auteur revêt ici plus d'importance alors qu'elle était plus dominante en occident dans les années 60. Cela est sans doute lié au décalage historique dont on parlait plus haut mais aussi à la conscience d'une plus grande solitude. Les cinéastes sont moins organiquement liés à l'Etat (la disparition de la Satpec, structure publique de production a constitué en 81 un fait majeur) mais ils ne se sentent pas plus solidaires d'une opinion publique dont ils ne partagent pas les tabous. À la critique de la politique du régime s'ajoute ou se substitue celle de l'autorité de l'opinion. C'est le relachement de ces liens, plus forts chez les générations antérieures, qui permet d'assumer la filiation transculturelle. Il reste que la dimension souvent autobiographique, plus marquée chez Bouzid, Tlatli, Boughédhir que chez Ben Mahmoud et Khémir mais néanmoins présente, fait sans doute que tout n'est pas dit quant aux influences exercées par des cinéastes étrangers sur eux.

 


 

Tahar Chikhaoui
(30/09/2010)

 

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