Cherifa, la Kabyle, dernière diva algérienne

//Cherifa Ouardia BouchemlalIls étaient des milliers à faire leurs adieux à l'artiste Cherifa Ouardia Bouchemlal, décédée le 13 mars à l'âge de 88 ans. La chanteuse algérienne Cherifa a consacré toute sa vie à enrichir et à conserver le patrimoine kabyle donnant à son style dit Aourar el khalat et Achouik ses lettres de noblesse. Son répertoire comptait pas moins de 1000 chansons enregistrées, dont 700 à la radio.

Son premier succès  «Bqa Ala Khir Ay Akvou, ifuk Z’hou» (Akbou, je te laisse en paix, il n’y a plus de joie) crée en 1942 est rentré dans le patrimoine national et a été depuis repris par des dizaines d’interprètes. Cherifa née en 1926 dans un petit village de Bord Bou-Arreridj (Est algérien) a pris le chemin du chant et de la poésie alors que ce monde était hermétiquement fermé aux femmes de « bonne famille ».Très tôt orpheline, elle quitte son village natal et sa misère à 18 ans, et s’installe à Akbou (Bejaia). Elle y apprend le chant et travaille à la radio locale et dans plusieurs cabarets. Cependant, elle n’y restera pas longtemps, décidant de tenter l’aventure de la capitale.

Légende ou réalité ? Elle aurait composé le célèbre « Adieu Akbou » sur son chemin vers Alger. Elle se met alors du côté des mauvaises filles en ces temps où le conservatisme allié au colonialisme maintenait les algériennes dans une position de semi esclavagisme. Dans les années quarante, elle entre à la radio nationale où elle devient rapidement la maîtresse du chant kabdu et enregistre de nombreuses chansons qu’elle compose elle-même ou qu’elle adapte s’accompagnant des instruments de son orchestre féminin « Lkhalat » (les femmes) comme cela était la pratique à cette époque. Elle restera celle qui excelle dans la performance des achewwiq (préludes a capella) grâce à une puissante voix aux riches variations.

Si ses chansons sont populaires à la radio et dans toutes les fêtes privées, Cherifa n’a eu la reconnaissance due à son talent et à son courage que très tard. En dépit de sa production considérable elle vivait dans la précarité, ses droits d’auteur pillés par des générations de chanteurs et par des producteurs peu scrupuleux du respect de l’artiste. Elle a réussi malgré tout à se produire ces dernières années à Paris à l’Olympia en 1993, à l’Opéra Bastille en 1994, et en 2006 au Zénith de Paris où elle a triomphé devant des milliers de personnes.

Cherifa la dernière diva algérienne après Remiti reine du rai, Hadda Beggar impératrice du chaoui qui a fini à moitié folle dans les rues de Annaba en 2000, et Fadila el Dziria la grande cantatrice du Hawzi (1917-1970), a passé ses derniers mois grabataire, seule. Des femmes, qui parce qu’elle étaient sorties du rang, ont été bannies de leurs familles pour assouvir librement leur soif du chant et de la musique.

chefifa 545bis
 


 

Ghania Khelifi

19/03/2014

 

 

 

 

 

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