"Non-Lieu"

lieu 300Non-Lieu est un projet théâtral qui interroge la question du mur.Trois voyageurs dont on ne connaît ni véritablement leurs motivations de départ ni leurs relations se trouvent soudainement freinés par un obstacle surgit de nulle part. Une matière étrange s’est érigée sur leur chemin...

La vie se transforme alors ; d’un côté s’installe l’obsession de traverser, de l’autre le diktat de la pensée. 

Animé par la conviction que l’autre côté est plus prometteur, un voyageur va s’emprisonner dans son besoin devenu vital de trouver la manière de passer.

Et pourtant...que se passe-t-il de l’autre côté justement? Une femme est là, depuis longtemps visiblement. Ces paroles ne sont plus les siennes mais lui sont dictées par une voix provenant d’un drôle d’engin électronique. Elle répète inlassablement les mêmes gestes, sans qu’on ne sache vraiment pourquoi ni pour qui elle s’exécute mécaniquement. Et petit à petit, elle va entraîner la troisième voyageuse dans ce comportement étrangement robotique.

L’obstacle est-il infranchissable? Ne pourrait-on pas l’ignorer et explorer le reste du monde ? Non, il devient doucement mais sûrement la seule raison de vivre de ces êtres qui l’ont croisé.

Ce sont alors deux humanités qui se dessinent en parallèle... D’un côté l’homme qui n’a pas le droit de se déplacer physiquement et dont la seule évasion est celle de s’imaginer heureux dans l’autre monde. De l’autre côté, il y a l’homme qui a le droit de passer partout mais qui ne voyage plus nulle part. Son esprit s’est coincé dans un mode de pensée auquel il répond sans plus même en être conscient.

Ce qu’ils partagent passe par le filtre de la communication virtuelle. C’est ainsi que leurs cris d’appels vont petit à petit évoluer vers un univers de sons, smileys dépourvus d’émotions... finalement un langage universel.

Ce qu’ils ont en commun c’est l’état de Non-Lieu, un No man’s land où tout n’est que représentation et où personne n’est capable de statuer...

Mais soudainement des voix se font entendre, elles sont nombreuses, elles sont révoltées, elles sont un cri de désespoir. Et ce sont elles qui vont briser, par la force de la pensée cet obstacle.

Il n’est désormais plus, les hommes sont libres...en théorie seulement. 

En effet, si la frontière n’est plus là physiquement, leur esprit n’est pas capable pour autant de se libérer.

 

Entretien avec l’équipe artistique de Non-Lieu

 

lieu 300aQuel est le propos de Non-Lieu?

Le propos de Non-Lieu est double : il est dans ce qui se déroule sur scène mais il est aussi dans ce qui se passe lors de la représentation. En effet il joue sur deux mises en parallèle. Il y a l’espace du théâtre, de la création aussi. C’est d’abord un temps de recherche où les comédiens sont libres, libres de proposer, libres de s’exprimer. C’est aussi l’espace du spectateur ; un spectateur à qui nous nous interdisons d’imposer un sens, une histoire déterminée. C’est finalement le lieu de l’art, où notre esprit peut, plus que nulle part ailleurs s’échapper, s’ouvrir, vagabonder... Et puis c’est l’espace de la scène, ce qui s’y joue...

Ici les esprits sont enfermés. Physiquement certes, mais surtout mentalement, incapables de voyager. Pas étonnant donc que la scène se coupe littéralement et assez rapidement en deux. C’est cette forme étrange qui va dessiner ces asymétries, contradictions humaines, situations absurdes. Tantôt frontière, tantôt barrière de protection, tantôt mur des lamentations, cet obstacle surgit de nulle part deviendra obsession pour l’un, cloisonnera à sa manière aussi les deux comédiennes.

 

lieu 300bLe mur s’interpose donc non seulement entre les individus mais aussi entre leurs imaginaires ?

Non-Lieu traite du sujet de notre incapacité à laisser notre esprit s’évader par la figure du voyageur. Au départ, chacun des participants au projet a associé ses propres idées, ressentis, vécus à cette phrase de Dominique Baqué, artiste et penseur de l’itinérance : «L’ici n’ouvre plus sur aucun ailleurs» (Histoire D’ailleurs, Ed. Du Regard, 2006). C’est à partir de ce travail que nous avons mis en images nos idées et avons produit une forme suffisamment poétique pour que le spectateur puisse y projeter son propre ressenti et y donner son sens singulier.

 

lieu 300cQuelle est votre démarche créative?

Celle de créer collectivement à partir de l’individualité de chacun et créer pour tous. C’est pourquoi Non-lieu est le fruit d’un travail collectif d’abord mené dans le cadre d’un véritable laboratoire de recherche. A partir d’une proposition de sujet, chaque comédien s’est approprié le thème pour tenter de déceler ce qui fait écho en lui par rapport à sa sensibilité, son vécu, ses propres intérêts. Sans ‘nous raconter’ sa vision, le travail consistait ensuite à transposer scéniquement le chemin intellectuel de chacun de façon suffisamment imagée, plastique, pour qu’il puisse parler à tout le monde. Aussi, l’usage des sons, des corps, de matières y est omniprésent.

La problématique était ensuite d’être à l’écoute de l’histoire commune qui se tissait petit à petit au travers des messages de chacun. Il s’agissait donc de partir d’une idée générale mais sensible, la perte de liberté, en contourner différents aspects en abordant les propositions singulières des comédiens, transposer ces réflexions personnelles pour en produire des images qui puissent parler au collectif et enfin assembler la matière de manière à dérouler un fil rouge et à ainsi retrouver notre tronc commun.

 


 

lieu 300dL’équipe artistique de Non-Lieu

 

Zénab BASSALAH, metteure en scène

C’est d’abord au travers de son travail de sociologue que Zénab s’intéresse au théâtre. Si la sociologie propose par une approche scientifique de comprendre l’humain, le théâtre, selon elle, met en scène l’humain pour le rendre visible à son propre congénaire. C’est par envie et par besoin d’enchanter les spectateurs en leur montrant leurs propres contradictions, leurs propres réalités que Zénab décide de lancer le projet Non-Lieu. Comédienne, metteure en scène et sociologue, Zénab utilise toutes ces casquettes dans son travail de mise en scène.

 

Maxime BISANTZ, comédien

Suite à une formation à l’école Acting International, Maxime multiplie les expériences théâtrales. Ouvert à de nombreuses approches, Maxime est avant tout animé par l’envie d’être stimulé, de découvrir et de créer. Il trouve ainsi tout naturellement sa place dans l’équipe de Non-Lieu qui accueille avec plaisir son enthousiasme et son envie de créer collectivement. Très à l’écoute de son propre corps et de ce que provoquent chez lui les autres, Maxime développe un jeu particulièrement physique.

 

Mathilde BURUCOA, comédienne

Comédienne (classe d’Art Dramatique de Michel Armin au conservatoire du XIXe), étudiante en philosophie, musicienne, danseuse et amoureuse de l’écriture, Mathilde déploie un nombre impressionnant de ressources et de compétences. C’est avant tout pour son attrait d’un travail de laboratoire de recherche que Mathilde décide de participer au projet Non-Lieu. Sa force de proposition, son goût pour l’improvisation, son regard souvent innatendu sur les choses, alimentent constamment notre production d’images et d’histoires.

 

Emmanuelle PERON, comédienne

Fascinée par le metteur en scène et comédien Pippo Delbono, Emmanuelle s’intéresse tout particulièrement au travail sur l’esthétique scénique, l’image et la poésie du théâtre. Aussi, dans le projet Non-Lieu, elle est constamment en recherche de formes scéniques et formes de jeu qui nous permettent d’explorer et d’intégrer son univers propre. Actuellement étudiante à Paris 8 et au Conservatoire d'Aubervilliers avec Sylvie Debrun, Emmanuelle est en constante recherche de découvertes et de surprises. Egalement danseuse, Emmanuelle là aussi nous amène vers des propositions dansées qui répondent à l’objectif d’une production de sens ‘non verbal’.


 

"Non–Lieu"

Du 12 au 16 mars à 17h15

Théâtre le Proscenium

2, passage du Bureau

75011 Paris – Métro Alexandre Dumas

 

CONTACT:

Zénab BASSALAH

zbassalah@hotmail.com

 

 

 

 

 

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