Filles et garçons dans les banlieues françaises, l’échange inégal

L’échange inégal

Alors que personnel politique et médias polémiquaient sur la prétendue introduction de la théorie du genre dans les écoles françaises, des chercheurs et des militants se sont rencontrés à Paris pour un débat sur le rapport gendré filles garçons dans les banlieues ou comme les désigne le lexique politique dans « les zones urbaines sensibles ».

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Mimouna Hadjam, militante féministe dans le quartier des 4000 à la Courneuve (Seine-Saint-Denis) se revendique d’ailleurs, ironiquement, comme « une urbaine sensible » pour dénoncer les politiques locales qui contribuent à l’inégalité entre filles et garçons. « On déverse de l’argent dans les équipements sportifs utilisés par les garçons comme salles de judo et de boxe alors qu’il est proposé aux filles des formations d’assistantes maternelles et d’auxiliaires de puéricultrices.» Les pouvoirs publics au lieu de bousculer les pratiques sociales les accompagnent et restent souvent sans réaction face à la violence sexiste dans les quartiers ». Mimouna explique que l’espace public, la rue, les cafés est massivement investi par les garçons alors que les filles doivent « trainer » dans les centres commerciaux ou aller à Paris pour respirer.» Dans les quartiers la mobilité des filles, leur corps sont contrôlés par les hommes de la communauté. Selon Didier Lapeyronnie, sociologue, un soupçon permanent de « passer chez l’Autre, chez le Blanc» pèse sur les femmes. Vouloir disposer de son corps, prendre possession de l’espace expose les jeunes filles à l’hostilité du groupe dont l’expression extrême est le viol collectif ou la tristement célèbre «tournante». Les filles des quartiers tiennent par-dessus tout à leur réputation pour ne pas « se taper l’affiche » et passer pour « une pute blanche.» Pourtant le sociologue se refuse à analyser cette dégradation des rapports sous l’angle culturel ou religieux, estimant que l’appauvrissement du milieu populaire percute le rapport des sexes et favorise l’identité par le genre. Lorsque l’on parle des classes sociales « plus riches » on parle en catégories sociales comme cadres, ouvriers, alors que pour les quartiers ce sont des catégories familiales père, mère, jeunes qui sont utilisées. Nacira Guenif sociologue ajoute la dimension du passé colonial de la société dominante dans laquelle évoluent filles et garçons des banlieues et le souvenir de la séparation des populations dominées transparait dans la forte ségrégation des espaces. Le racisme est évidemment impossible à éviter dès que l’on parle des quartiers. Pour les intervenants qui citent les enquêtes menées sur le sujet, les hommes subissent davantage le racisme que les femmes mais vivent comme une évidence leur identité masculine. Isabelle Clair du CNRS et auteur d’une enquête sur l’entrée en sexualité des jeunes des banlieues, explique qu’alors que les garçons occupent une place centrale, les filles, elles, sont périphériques dans le groupe social. Les garçons doivent constamment faire la preuve de leur bonne orientation sexuelle l’hétérosexualité soit être un » vrai mec ». Le langage -une fille est «bonne», «une pute» ou «une fille bien »- sert à démontrer qu’on n’est pas « un pédé » peu importe paradoxalement la véritable orientation que l’on a dans son intimité. Si l’on devait tirer une conclusion des réflexions présentées à cette rencontre on dirait que les hommes dominés par la domination dominent à leur tour les femmes dans les quartiers. Le poids du chômage et la montée des idéologies extrémistes n’incitent pas à l’optimisme pour l’égalité entre les femmes et les hommes des banlieues françaises.

 


Ghania Khelifi

04/03/2014

 

 

 

 

 

 

 

 

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