Ne s’appelle pas Tilleli qui veut

Le gouvernement algérien vient de valider une liste de trois cent noms amazighs (berbères) désormais reconnus par l’état civil. Ce fait présenté comme cela paraîtrait mineur dans la plupart des pays. Sauf qu’en Algérie la liberté de donner un prénom amazigh relève depuis des décennies du combat identitaire et a constitué une arme de répression des populations d’expression amazighe. En Kabylie région à la pointe de cette lutte pour la reconnaissance des cultures et langues nationales le problème a atteint parfois les extrêmes de l’absurde.

 

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La mairie de Tizi Ouzou, capitale de cette région, s’est particulièrement distinguée dans les rejets quasi systématiques des noms amazighs. La presse fait état de centaines de requêtes devant les tribunaux de parents refusant de se plier au diktat des élus du FLN ( front de libération nationale parti majoritaire). L’année dernière un père est parti en guerre contre la mairie pour obtenir d’appeler son fils Aylan (le bouclier en tamazight), à Oran, ville arabophone de l’ouest du pays, un autre père a du se battre cinq ans pour pouvoir inscrire sa fille Massiva à l’état civil. Les jumeaux Gaïa et Micipsa ont vécu leurs premières années sans prénoms officiels par la volonté d’une mairie de la région des Aurès, l’autre pôle de la revendication identitaire amazighe. Les élus les moins obtus exigent un second prénom « arabe » figurant dans la liste officielle.

keby_350La propagande des conservateurs algériens et des islamistes se sont toujours essayées à discréditer la culture amazighe qui puise ses sources dans l’Algérie préislamique. Les amazighs habitants de l’Algérie avant l’invasion des musulmans avaient leurs traditions, leurs croyances et leurs prénoms. La résistance contre l’islamisation et l’arabisation du pays a donné à cette culture des héros comme Koceila et Dihya (que les arabes ont surnommée la Kahina, la sorcière) et des mythes. Le pouvoir algérien depuis l’indépendance a constamment tenté d’étouffer les cultures populaires en extirpant langues et pratiques du vécu algérien. Dans les années 1980 on avait arabisé tous les noms de rues et de régions donnant lieu à des situations ubuesques. Aucun édile n’a jamais refusé d’enregistrer les prénoms Saddam, Khomeiny, Oussama et même pour les élus non islamistes d’accepter Sandra, Matteo ou Sandra.Tilleli (liberté en tamazight), Tiziri et autre Massiles sont eux bannis. Depuis on fait dans la séduction pour éviter de souffler sur les braises. Le printemps berbère de 1981 puis la révolte (le printemps noir) début des années 2000 des régions berbérophones ont donné à réfléchir à un pouvoir à la légitimité incertaine. C’est dans cet esprit que le Premier ministre en visite en Kabylie, a annoncé la semaine dernière la liste officielle des noms amazighs. Il a cru utile d’ajouter que le gouvernement « n’a aucun problème avec Tamazight, 90% des Algériens sont des amazighs, alors qui est ce fou qui va renier sa langue mère ? ». Certes mais « le problème » n’est en réalité pas linguistique et le chef du gouvernement ne l’ignore certainement pas. La reconnaissance des cultures nationales et de l’identité amazighe des Algériens reviendrait à reconnaitre les libertés individuelles et collectives et à accepter d’autres expressions que celle imposée par un pouvoir conservateur et liberticide. Un collectif de citoyens de Kabylie vient de lancer un appel à se réunir devant la mairie avec des sandwichs et des boissons et consommer ces provisions en plein ramadan pour protester contre l’arrestation sans fondement légal des « non jeûneurs », contre aussi la vérification par des médecins de la police de la » virginité » des jeunes femmes arrêtées en compagnie d’un petit ami. Alors accorder des prénoms amazighs parait tout à coup bien dérisoire.




Ghania Khelifi
19/08/2013





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