Maghrébins de France

 

Avant la première guerre mondiale, la France sollicite la venue d’immigrés car l’industrialisation est forte et fait ressentir le besoin de la main-d’œuvre étrangère. Après la guerre, l’immigration  est encore renforcée du fait des besoins de reconstruction de l’Etat français après les pertes humaines et matérielles provoquées par le conflit. L'hécatombe humaine est estimée à 1 million de personnes. Le 2 novembre 1945, le gouvernement français crée l' « Office National d'Immigration (ONI) » (devenant par la suite l'Office des Migrations Internationales) qui a pour but de recruter des travailleurs immigrés et d'organiser le regroupement des familles. L'immigration s'avère donc souhaitable mais maîtrisée (avec la carte de séjour valable 1, 3 ou 10 ans). L’immigration est à cette époque encore fondamentalement européenne.

 

A d’autres périodes, l’intégration des immigrés est cependant beaucoup moins facile. Dès le XXe siècle, l’hostilité aux étrangers s’explique par un contexte de crise. Mais ce dernier est encore plus manifeste dans les années 30 : les immigrés sont victimes de racisme, de discrimination, c’est le cas entre autres des Polonais venus dans les années 20, et plus tard des Italiens et des Espagnols fuyant le fascisme ou la guerre civile.

Après les années 50, une forte immigration d’origine maghrébine s’établit en France. Les immigrés participent donc à la croissance du pays et répondent aux besoins de la main-d’œuvre des industries lourdes.

Or, l'immigration organisée est un échec. Durant la période 1950-1970, on constate à travers les chiffres de l'Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques, une arrivée continue de travailleurs immigrés majoritairement européens mais aussi l'arrivée de travailleurs immigrés africains.

L’immigration française s'accélère avec la décolonisation mais aussi avec le « principe de libre circulation » instaurée par le Traité de Rome, le 1er janvier 1958. Dès lors, il faut remplacer une main-d’œuvre qualifiée et organisée par une main-d’œuvre spécialisée et fragmentée. Les années 1960 sont marquées par les accords franco-espagnols de 1961 et franco-portugais de 1963, amplifiant cette immigration, mais aussi par le développement de l'immigration marocaine et tunisienne. Le plan Chaban-Delmas de 1969 résorbe les bidonvilles. « Les Grands Ensembles », tours d'appartements construits à la va-vite voient le jours.

Les Maghrébins, arrivés en France et en Europe dans les années 60, sont à peine sortis de l’adolescence lorsqu’ils quittent leurs pays. À cette époque, les antennes de « l’Office National d’Immigration » recrutent, dans l’Atlas marocain, des hommes sur des critères physiques de jeunesse, pour les mines de charbon françaises.

Cet exil dans un pays qu’ils ne connaissent pas est douloureux. Les conditions de vie sont mauvaises et les immigrés vivent alors une situation d’insécurité psychologique. L’émigration aurait pu revêtir un autre aspect et déboucher sur un vrai processus d’intégration de ces personnes dans la société française. Mais dans quelle mesure auraient-elles été accueillies par les indigènes, dont beaucoup manifestèrent à leur égard de l’hostilité, notamment vis à vis des Algériens.

Ce rejet est ravivé dans les années 1970. Les immigrés rencontrent de plus en plus de difficultés : ils n’arrivent pas à scolariser leurs enfants, ni avoir accès à un logement correct. L’Etat français va adopter une politique qui sera dès lors la sienne : celle de fermer ses frontières.

//Destruction du dernier bidonville de Saint Denis dans les années 1960-1970 (Source Korliakoy Andreï)

En effet, la crise économique de 1974, puis celle de 1979, associées à la montée du racisme dans les années 1980, rendent, d'un point de vue politique, l'immigration en France de plus en plus difficile. Cependant, malgré la suspension de l'immigration salariée, la France assiste à une explosion démographique (recensements de 1982) due aux regroupements migratoires. À travers son histoire de l’immigration, on se rend compte que la France n'a jamais su régler le flux d'entrées.
 

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« Celui qui hésite à me reconnaître m’oppose. Frantz Fanon

L’émigration n’est pas seulement le produit des profonds bouleversements ayant affecté toutes les sociétés maghrébines. C’est aussi un facteur de changement culturel, social : découverte du salariat, scolarisation, dont les répercussions sont aussi économiques. Ainsi, à travers les transformations qu’elle a subies, l’émigration peut se lire à travers les mutations qu’elle a subies et l’impact qu’elle a eu sur les sociétés maghrébines.

 

 


 

 

 

Laakri Cherifi

10/07/2013

 

 

 

 

 

 

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