Une aventure intellectuelle, littéraire et politique à couper le souffle

souffle_250Docteure en littérature comparée et critique littéraire, L’auteure a repris l’essentiel de sa thèse pour nous faire traverser, à l’aide d’une écriture enlevée, les 7 années de l’extraordinaire aventure intellectuelle et de l’engagement politique de poètes, écrivains, plasticiens regroupés autour d’Abdellatif Laâbi et Mostafa Nissabouri.

 

« Pourquoi relire Souffles aujourd’hui » interroge Kenza Sefrioui dans son introduction. Pour plusieurs raisons, à commencer par découvrir ou redécouvrir le fabuleux vivier d’écrivains de langue française, de Mohammed Khaïr Eddine à Abdelkkebir Khatibi, qui surent impulser une nouvelle esthétique, et par ce biais une nouvelle manière de voir le monde et de vouloir le changer. « Souffles a, par ailleurs, écrit l’auteure, été la première revue au Maroc qui a tenté de dépasser le clivage entre les écrivains de langue arabe et française, en voulant être une tribune commune à la nouvelle génération d’auteurs. »

 

Ecrivains, poètes, essayistes, cinéastes, plasticiens s’y croisent et s’y côtoient dans un partage fécond des idées. Celles-ci circulent, le projet culturel de la revue mûrit dans son entreprise de décolonisation des esprits et de reconstruction de l’identité nationale. Après la sombre page du colonialisme et l’archaïsme despotique du régime marocain d’alors, l’enjeu est de taille.

 

Cependant, comme le pointe Abdellatif Laâbi, qui préface l’ouvrage : « Il faut rappeler ici, que Souffles n’était pas un lieu de création, une tribune d’idée s’exprimant en temps de paix, dans un pays ‘normal’ où la fonction de l’intellectuel est reconnue d’utilité publique, où la culture est considérée comme un besoin essentiel et un levier de la formation et de l’ouverture des esprits. Elle n’avait d’autre choix, à un moment donné de sa prise de conscience de l’intégralité des problèmes du pays, que de poursuivre sa contestation de l’ordre régnant à tous les niveaux, ou bien se soumettre à cet ordre inique, et à la limite se résigner en se retirant de l’arène ».

 

Ils restèrent donc dans l’arène pour combattre, désireux de changer le vieil ordre des dominations, de s’ouvrir à l’international pour faire entendre leur voix, de prendre position sur les grands problèmes sociétaux qui travaillaient le Maroc. Ils le firent en bravant la précarité économique à chaque nouveau numéro. Ils le firent aussi au péril de leur vie.

 

Arrêté et torturé en janvier 1972, Abdellatif Laâbi est condamné à dix ans de prison. Les preuves du complot dont il est accusé sont les numéros au complet de Souffles et d’Anfas. Il est enfermé à Kénitra, où il devient le prisonnier numéro 186111. Grâce à la pression internationale qui s’organise pour obtenir sa libération, il en sort au bout de huit ans et demi.

 

Aujourd’hui alors que ce que l’on appelle « le printemps arabe » a changé la donne dans toute une région, cette expression risque d’être galvaudée si elle ne nous pousse pas à interroger l’histoire, à nous retourner en arrière pour sortir de la pauvreté cognitive avec laquelle nous avons l’habitude d’appréhender l’actualité des pays arabes, à nous rendre compte que les révolutions sont aussi le fruit des legs advenus entre générations.

 

C’est précisément ce que propose l’ouvrage de Kenza Sefrioui et Abdellatif Laâbi lorsqu’il s’y remémore : « C’était le temps du printemps inaugural sans lequel, des décennies plus tard, il n’y aurait pas eu… , le grand sursaut de la dignité de nos peuples qui, même s’il a été brisé ici ou là, détourné de sa vocation, a déjà eu pour effet de tourner définitivement une page de notre histoire, celle de l’acceptation du despotisme et la soumission à l’arbitraire.

 

En nous racontant « Souffles comme mouvement », « Souffles comme projet d’opposition » l’auteure nous entraîne à visiter ou à revisiter une page essentielle de l’histoire du Maroc et à nous saisir, chemin faisant, d’un passeport de connaissance. Une connaissance vive car de nombreux protagonistes de ce que fut la revue apportent, en dernière partie du livre, la singularité et la vitalité de leurs témoignages, comme un souffle qui continuerait de se propager...

 

Kenza Sefrioui, La revue Souffles  (1966-1967). Espoirs de révolution culturelle au Maroc, Editions du Sirocco, Casablanca, 2013

 

Nathalie Galesne

29/05/2013

 


 

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A l'occasion de la parution de "La Revue Souffles- 1966- 1973"
Les éditions du Sirocco (Casablanca) et toute l'équipe de l'Oiseau Indigo sont heureuses de vous annoncer les dates des rencontres avec

Kenza Sefrioui en France

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Paris
 
Mercredi 29 mai
 
18h30 - Café Littéraire Institut du Monde Arabe, 1 rue des fossés St Bernard, 75005 Paris
 
Samedi  1er juin
 
15h30 -  CICP, Centre International de Culture Populaire, 21ter rue Voltaire, 75011 Paris
 
19h - Cité internationale – Maison de la Norvège, 7N Boulevard Jourdan, 75014 Paris
 
Lyon
 
Lundi 3 juin
 
19h30 - 44 rue Chevreul, 69007 (Permanence de la députée : Malika Benarab-Attou), en partenariat avec la librairie Terre des Livres
 
Grenoble
 
Mardi 4 juin
 
20h30 - Maison de la Poésie Rhône Alpes, 33 avenue Ambroise Croizat - 38400 Saint-Martin-d’Hères
 
Marseille
 
Mercredi  5 juin
 
19h - Librairie Transit, 45 Bd de la Libération, 13001 Marseille
 
Montpellier
 
Vendredi  7 juin
 
18h30 – Soirée conviviale Café full Gnawa, Chez Lhoucine, 5 rue des écoles laïques, Montpellier.
 
Samedi  8 juin
 
19h - Cimade Montpellier - 28 Rue du Faubourg Boutonnet, 34090 Montpellier


 
 
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