Décès de la romancière algérienne Yamina Mechakra

 

//Y. MechakraElle était qualifiée de « katebienne » par beaucoup car le père de « Nedjma » avait accompagné la romancière dans l’écriture de “la Grotte éclatée” par ses conseils et la lecture des nombreuses versions de l’œuvre. Mechakra, docteur en psychiatrie, en a dérouté plus d’un parmi les critiques littéraires, tous en peine de la classer. C’est le génie de Kateb qui tranchera le débat autour de ce récit : « ce n’est pas un roman, et c’est beaucoup mieux : un long poème en prose qui peut se lire comme un roman » écrira-t-il.

 

Yamina Mechakra, berbère elle aussi des Aurès, avait revendiqué comme Kateb sa part de mythologie berbère, s’emparant de la richesse de la littérature orale pour donner à son écriture une puissance telle qu’elle est entre au panthéon katébien aux côtés des « enfants de la Kahina ».

Mecha_170bkKateb, dans sa longue quête de valorisation de l’histoire algérienne, a offert dans sa dramaturgie la place d’honneur à la reine berbère qui avait combattu les guerriers arabes et qui reste bannie de l’historiographie officielle algérienne.

Kateb terminait sa préface de La Grotte éclatée par cette recommandation devenue une citation culte de la littérature algérienne : « il faut lire et faire lire ce livre, pour qu’il y en ait d’autres, et pour que d’autres élèvent la voix. À l’heure actuelle, dans notre pays, une femme qui écrit vaut son pesant de poudre».

Yamina Mechakra avait mis toute son amour de l’Algérie, toute sa souffrance d’Algérienne sous le joug colonialiste dans son œuvre «Debout, le soleil dans le dos, le vent dans les cheveux, la main sur mon cœur, je me dis tout bas mon pays et ma maison, ma grotte et ma peine ».

Mecha_170bk2Enfin en 2000 elle publie son deuxième roman « Arris » inspiré de son expérience de psychiatre à l’hôpital au pavillon des « filles-mères » comme on appelle en Algérie les mères célibataires. « Pour écrire Arris, je suis retournée vingt-six ans en arrière, l'année 1974 ….au service ambulatoire de pédiatrie, je prenais des notes. Quand les patients s'endorment, je les reprends. Ainsi, l'idée d'Arris m’est venue de cette réalité des enfants hospitalisé(e)s. Arris est une quête obsessionnelle des racines premières, de sa culture primaire, en dehors de toute religion et de toute langue, comme dans la mythologie d'Araki. Toute la littérature algérienne est marquée par ces états psychotiques de l'identité. Arris est un déraciné au premier degré, mais il est symbole de l'entêtement identitaire dans ses transhumances géographiques et surtout intérieures, dans les ‘bouffées délirantes’ de la quête de soi ».

Mechakra que l’on se plait à appeler l’écrivain d’un seul livre n’avait en réalité jamais cessé d’écrire mais comme elle le confia à un journaliste, elle perdait ses manuscrits. Elle restera comme une romancière à part dans la littérature, sensible jusqu’à la souffrance et talentueuse jusqu’au génie.

 


 

 

Ghania Khelifi

 

25/05/2013

 

 

 

 

 

 

 

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