Dom Juan à Tunis


juan_250Le programme des Plateformes Al Wassl : arts en Méditerranée s’est distingué par une présence remarquée du Quatrième art. La scène de l’Institut Supérieur d’Art Dramatique de Tunis a accueilli une mise en scène du Dom Juan de Molière. Cette création de la Compagnie Théâtrale de la Cité (CTC) a bénéficié du soutien de l’Institut Français de Tunisie. La représentation a attiré un public nombreux.

 

Une sobriété esthétique qui interpelle

« Le Dom Juan mis en scène par Nicolas Hocquenghem doit plus, esthétiquement, au jansénisme qu’au libertinage », affirme René Solis. Le dépouillement du décor et des accessoires participe d’une conception dramaturgique pointue de l’espace scénique. Un minimalisme scénographique qui condense la signifiance de cette pratique théâtrale.

L’effacement du trop plein et la disparition des objets encombrants aident à instaurer une communication théâtrale essentielle, tel serait l’enjeu principal de cette veine esthétique janséniste. Quatre acteurs qui se démultiplient en plusieurs personnages, cinq cubes, noirs aux angles bien droits, dont le (dé)montage permet de décomposer l’espace et de le recomposer au gré des scènes. En distinguant vaguement les ombres des acteurs-personnages replaçant les cubes lors des transitions scéniques, le spectateur prend conscience de cette géométrie variable de l’art théâtral. La construction dramatique de Molière est revisitée à travers un parti pris esthétique radical : l’imagination n’a rien à voir avec les leurres de l’image. S’il y a émotion, il ne faut point la chercher dans les singeries des visages qui dialoguent. Aucun psychologisme ne viendra affecter le jeu des comédiens. Le metteur en scène est convaincu que « cet aspect de la communication humaine est complètement faux, voire hypocrite ». Durant tout le spectacle, les acteurs ne se regarderont que très rarement en face. En évacuant les grimaces de la mimique, cette évolution du jeu donnera aux mots proférés toute leur plénitude.

 

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Un art de la parole

Parmi les pièces de Molière Dom Juan est une des plus complexes. C’est aussi l’œuvre où la matière théâtrale passe principalement dans l’acte de parole. Les thèses du protagoniste prennent forme dans ses façons de dire les choses. « Un Dom Juan au pied de la lettre », titrait un journaliste qui commentait cette création de la CTC. Mais ceux qui ont assisté au spectacle diront, aussi, que c’est une prose dont Nicolas Hocquenghem a su tirer des pieds agiles. La prose scandée et rythmée dote le texte d’une respiration profonde. La volubilité avec laquelle le metteur en scène et ses acteurs égrènent les syllabes de Molière dévoile une autre musique de cette prose du XVIIème siècle. Le résultat de cette mise en bouche est concluant. Sur la trame du texte, souvent réduit aux artifices d’une tradition théâtrale caduque, pousse un langage et des façons de dire pimpants. Une langue dans laquelle Dom Juan se positionne par rapport au prosaïsme asphyxiant de la société. L’énonciation travaillera continuellement l’énoncé pour en extraire la substantifique moelle. Une énonciation qui nous propose un sujet singulièrement engagé dans son propos. Le corpus théâtral libère ainsi nos mots de leurs carapaces et les préserve des intonations hypocrites qui les minent. Les sonorités et les accents authentiques du libertin désarticulent la syntaxe guindée des relations (in)humaines. La fausseté des formules (et des formulations) sociales de l’amour, de la fidélité et de la sincérité y est finement décriée.

 

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*Dom Juan, mise en scène de Nicolas Hocquenghem, Compagnie Théâtrale de la Cité. Avec Nicolas Hocquenghem (Dom Juan), Didier Dicale (Sganarelle), Christine Gagnepain et Philippe Villiers (les autres rôles). Le spectacle reprendra en 2013 avec le soutien du Conseil Général de l’Essonne. Au programme, huit représentations: au Théâtre de Bligny, au Théâtre de l'Envol de Viry-Châtillon et au Théâtre Jean Vilar de Vitry-sur-Seine.

 


 

Adel Habbassi

24/04/2013

 

 

 

 


 

 

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