Hogra

 

Le mot « hogra » est intraduisible en langues latines.  C’est un sentiment où se  conjuguent  le mépris et l’arrogance du dominant à l’impuissance craintive du dominé. Un sentiment ancestral hérité du féodalisme et que la période coloniale n’a fait que renforcer. Les colons nous avaient planté un couteau dans le dos, en repartant, ils n’ont emporté que le manche, remplacé aussitôt par un autre, celui des présidences monarchiques, des oligarchies, des mafias sanguinaires qui ont continué à sucer avec délectation le sang des anémiques sous le regard complice d’un Occident qui, tout en chantant l’hymne de la démocratie et des droits de l’homme, continuait à soutenir, par intérêt, ces régimes négateurs des libertés élémentaires.

 

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Hier, la myopie bienveillante fut suscitée par la guerre dite froide, aujourd’hui c’est le spectre du danger islamiste qui domine et hante les bonnes consciences. « Hogra » est un sentiment qui a aussi soif de justice. Les régimes écrans n’ont pas pu troubler les regards fixés sur le sort des Palestiniens, à Gaza et ailleurs. Le peuple tunisien que nous autres, présomptueux maghrébins, qualifiions parfois de couard et de sans-personnalité, nous a montré la voie. L’Egypte et la Libye lui ont emboîté le pas. Et la Syrie est en si bon chemin. D’autres suivront, inévitablement. Un monde globalisé n’a pas que des inconvénients. Mais le soulèvement populaire de la Tunisie a déjà changé le sens de l’histoire ! Qui d'entre nous aurait pensé voir, à si court terme, la fin de la peur et ce refus radical de l'écrasement et de l'humiliation?

Je reste persuadé que, bien plus qu'une révolte socio-économique, c'est un soulèvement pour le respect et la fin de l'écrasement, c’est une quête de dignité et de liberté, contre la « hogra ». C’est pourquoi je ne crains ni la couleur, ni la pilosité de ceux qui, démocratiquement élus, nous gouverneront la prochaine décennie. Nous avons appris à nous tenir debout, et cela est irréversible.

 


 

Mahi Binebine

21/01/2013

 

Mahi Binebine est un peintre et écrivain marocain.

Dernier livre paru : Les étoiles de Sidi Moumen, Flammarion, 2010

Textes inédits et dessins recueillis par Bernard Magnier à l’occasion des manifestations organisées au théâtre du TARMAC à Paris, début 2002, autour des « printemps arabes ».

 

Pour se procurer l’ouvrage :

Librairie du Tarmac - 159 avenue Gambetta - 75020 Paris - Métro Saint-Fargeau –

tel. 01 43 64 80 80

 

Ou  les sites en ligne :

Amazone : http://www.amazon.f

FNAC : http://www.fnac.com

 

 

 

 

 

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