Entre dictature
 et démocratie.
 Fin de l’histoire ou d’une histoire?

 

La Méditerranée européenne a connu, à partir des années 70, la fin des dictatures, en Espagne, en Grèce et au Portugal, alors que la Turquie sortait peu à peu du régime prétorien imposé par les militaires, avec le coup d’Etat de 1980. Dans les années 90, après la chute du mur de Berlin, le discours en vogue était celui de « la fin de l’histoire », chronique annoncée d’une démocratie libérale mondialisée qui serait devenue, selon Francis Fukuyama, « la forme finale de tout gouvernement humain. »

 

Où en sommes-nous aujourd’hui de cette « nécessité » historique ? Le temps du monde n’est-il pas politiquement un peu plus désenchanté ?

Que voyons-nous apparaître sous nos yeux, entre Europe et Méditerranée, des « démocraties sans démocrates » ? Une forme improbable d’illusion démocratique est-elle en train de voir le jour ? Les révolutions arabes sont-elles annonciatrices d’un renouveau démocratique ou au contraire ouvrent-elles la voie à de nouvelles formes de dictature ? À moins qu’une forme mixte de « démocrature », selon la formule de Matvejevitch pour qualifier les pays de l’Est et des Balkans, ne soit en train de s’imposer à l’ensemble de la Méditerranée ?

Quelle histoire reprend son cours ? Celle d’une indépendance nouvelle et d’une liberté recon- quise ou celle d’une parole confisquée et d’une soumission retrouvée ?...

Entre renaissance citoyenne et transparence politique. Révolution numérique ou contrôle des libertés ?

Peut-on parler d’une révolution numérique qui changerait profondément la donne au plan politique ?
La prise de parole des jeunes générations, grâce notamment aux nouvelles technologies, est-elle en train de créer un nouvel espace public, à la fois plus participatif et plus interactif ? Le mouvement des Indignés, par exemple, est-il l’expression d’une crise profonde de la démocratie

représentative ou le symptôme éphémère du mal être de certaines générations qui ne parvien- nent pas à trouver leur place dans la Cité ?
Quel rôle attribuer aux technologies numériques dans les bouleversements politiques en cours ? S’agit-il de révolutions 2.0 ?

La transparence apportée par un site tel que Wikileaks, face à l’opacité des pouvoirs en place, est-elle un atout ou un risque ? Des formes de contrôle, inédites et dont la puissance est inégalée, ne sont-elles pas en train de voir le jour grâce à ces nouvelles technologies ?

Comment conforter les libertés, libertés personnelles et libertés publiques, face à des dispositifs qui pourraient bien s’avérer liberticides ? Sommes-nous entrés, à l’ère du numérique, dans un temps post-démocratique ?

Entre tyrannie 
des marchés et défiance des élections. La démocratie peut-elle se réinventer ?

La démocratie, parmi ses nombreuses acceptions, est « le pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple. » Or l’emprise des marchés financiers, des agences de notation et des grandes firmes internationales, dont la sphère d’influence est désormais mondialisée, s’exerce de plus en plus sur les sociétés politiques.

Le peuple, n’est-il pas en train d’être dépossédé de ses prérogatives et de sa souveraineté ? Quelle « marge humaine » reste encore entre les mains des acteurs de la démocratie pour décider de leur avenir face à des oligarchies toujours plus puissantes ?

Quel crédit apporter, dans ces conditions, aux élections ? S’agit-il d’un rituel démocratique sans lendemain ou d’un mécanisme qui reste porteur de sens et d’avenir ?

La démocratie représentative apparaît de plus en plus désenchantée, décalée par rapport aux attentes des citoyens. Existe-t-il cependant d’autres chemins pour sortir de cette désillusion ? Une forme de catastrophisme voire de nihilisme n’est-elle pas en train de s’imposer ?

La Cité n’est-elle pas en danger à force de consentir à l’indifférence et à la célébration du vide?
 La démocratie est-elle devenue une forme politique vaine ou peut-elle se réinventer, d’une rive à l’autre de la Méditerranée?

Thierry Fabre

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Créateur et concepteur des Rencontres d’Averroès, Thierry Fabre est essayiste.
 Il est membre du comité de rédaction de la revue Esprit et responsable de la programmation
et des relations internationales au MuCEM [Musée des civilisations de l’Europe et
de la Méditerranée] à Marseille.


 

 

 

 

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