Exposition de l’artiste syrien Ibrahim Jalal

 

Jalal_afficheLorsqu’on tente de s’approcher de l’art d’Ibrahim Jalal, il faut revenir en 1973, il a vingt six ans et il quitte la Syrie. Parti avec le viatique de son professeur des Beaux-Arts de Damas — Oublie tout ce que tu as appris — il entre dans l’atelier de Gustave Singier aux Beaux-Arts de Paris qui lui enjoint d’approfondir sa culture d’origine, le premier art abstrait.

 

Un pied en Syrie, l’autre dans les grisailles parisiennes, il regarde la matière de Staël et de Klee, admire la spiritualité de Rothko et de Rouault, écoute la musique silencieuse de Morandi, retrouve chez Matisse les couleurs fortes de son enfance syrienne. « Dire que j’ai détruit ma maison serait faux, je n’ai détruit que le décor,  mon sens de la peinture est né et a grandi en Syrie le pays de la lumière, des couleurs, des arts et des civilisations. » explique-t-il.

En 1989 alors que le peintre écoute de la musique tout en travaillant, il la voit en couleurs, des passages de jaunes, de mauves, comme sur un radar. Très intéressé par la musicalité de la peinture abstraite, il y trouve sa liberté : « Je construis un tableau comme une phrase musicale ». Le tableau devient tout simplement symphonie musicale haute en couleurs, composée de sons et de silences, de couleurs et de tons, de mouvements et de rythmes, de pleins et de vides. La musique l’aide à s’évader, à accéder à une autre dimension, il confie : « Dans l’intimité la plus intime, à certains moments de ma vie de peintre, une force intérieure prend ma main,  et le tableau se fait tout seul. Dès que je me mets à réfléchir, ma conscience revient, la force intérieure disparait ».

Fils de licier, l’artiste a une relation forte aux tapisseries. Bousculant ses alphabets d’écolier, il organise des rencontres, des juxtapositions de fragments de végétal, d’arcs de cercle, signes de vie qui écrivent un sourire. Le peintre transforme la calligraphie en graphisme.

Dans les motifs de l’art arabe traditionnel, l’artiste s’empare du carré comme unité, il n’a de cesse de le décliner, de le faire apparaître, puis de le cacher pour enfin le révéler. Palimpseste. L’origine de son travail est dans sa vision inépuisable: « Je détruis, je déconstruis comme dans une recherche intérieure. En fermant les yeux, je vois des étincelles de lumière et le reste devient un fond que je ramasse, unifie et  rassemble. »

Jalal_300Saisi par la sensualité et la fraîcheur de la matière, le peintre prépare ses fonds, fabrique lui-même ses couleurs, travaille à l’huile et à l’œuf. Il joue sur les superpositions, au couteau et au pinceau. Ses tableaux retiennent les transparences. Comme à travers un  vitrail, la lumière fastueuse livre de larges plages méditatives et souriantes, des espaces denses et vibratoires. Brossés sur la toile, de grands arpents de couleur résonnent et nous enveloppent de sérénité. De rive à rive, aux horizons de son exil, l’artiste en quête de lumière, jubile : « En  France, je me suis réfugié dans les couleurs et la lumière éclatantes. Je recherche toujours la lumière de l’Orient. Elle est comme une chanson d’été, comme les robes rouge, verte, jaune et bleue des bédouines ».

Jalal a rapporté de Syrie, la notion du Beau, alors qu’en Occident, nous assistons, dans le domaine de l’art, à une rupture, à un refus de formes basées sur la beauté et l’harmonie.

Sur le miroir du tableau, Ibrahim Jalal projette son âme d’artiste, et nous fait le cadeau de ce qui fonde son authenticité : « Je tente d’accomplir ma peinture comme le reflet de ma musique intérieure. Mes toiles sont ma joie et ma douleur. Mes souvenirs  et mes rêves. Mes rires et  mes pleurs. Mes angoisses et ma sérénité…Elles sont mon histoire »

 

 

 

*Ibrahim Jalal est originaire du village de Kaframbel, où des jeunes réalisent, depuis les débuts de la révolution syrienne en mars 2010, un travail pacifique artistique remarquable

 

 


 

Annick Chantrel Leluc

 

15/11/2012

 

 

Exposition de l'artiste Ibrahim JALAL

du 15 novembre au 21 décembre 2012

Ouverture du lundi au vendredi 14:00 - 19:00

Europia, 15 av.d Ségur, 75007-Paris, France.

T:+33 1 45512607

M°St-Francois Xavier (ligne13) - Bus: 28,87 - Velib (av. de Ségur)

http://europia.org/jalal/g1.htm

info@europia.org

 

 

 

 

 

*Ibrahim Jalal est originaire du village de Kaframbel, où des jeunes réalisent, depuis les débuts de la révolution syrienne en mars 2010, un travail pacifique artistique remarquable

 

«  Mes toiles sont ma joie et ma douleur. Mes souvenirs  et mes rêves. Mes rires et 

mes pleurs. Mes angoisses et ma sérénité…Elles sont mon histoire » (Ibrahim Jalal).

Galerie Europia, Paris, du 15 novembre au 21 décembre 2012

Related Posts

Gestations littéraires au WIP (Work In Progress)

24/05/2014

pitch 110Un lundi sur deux, au pitch me, quatre auteurs lisent des textes en cours d’écriture. Ils viennent pour une question précise à poser au public, choix d’un titre, d’un mode de.10 minutes pour lire une œuvre en cours et la nuit pour en parler.

Le monde à l’envers gesticule au MuCEM

19/03/2014

muc 14 110Le Musée des Civilisations Européennes et Méditerranéennes accueille une grande exposition sur les carnavals et mascarades d’Europe et de Méditerranée. MuCEM, Marseille, du 26 mars au 25 août 2014.

Le silence tue. Forum de solidarité avec la résistance syrienne

14/11/2012

farzat_110A l’initiative de l’association Souria Houria, un Forum de solidarité avec la résistance syrienne se tiendra à Paris le 19 novembre 2012, au CentQuatre.