Me voici palestinienne

fadwa-7Je suis née. Et je me suis trouvée palestinienne. Aussi loin que je m’en souvienne, j’ai tâtonné pour trouver mon chemin grâce aux débris du mot « palestinien ». Ce qui m’a toujours fait le plus peur dans mes voyages, c’est la question de mon appartenance.

J’ai pleuré en arrivant à Jérusalem. J’ai pleuré en visitant Naplouse.

J’ai pleuré à la mosquée du dôme du Rocher, à l’église de la Nativité, au monastère de Puits de Jacob.

J’ai pleuré aux points de passage et près des trous dans les murs.

J’ai ramené avec moi une poignée de terre de Jaffa et j’ai gravé mon nom sur le sable. Je me suis promenée à Ramallah sous la pluie…

Je me suis laissée aller à tous les clichés dans ma quête, ma quête d’une appartenance qui voudrait bien de moi.

Mais mon appartenance, je l’ai trouvée ailleurs.

Elle n’est pas sur terre ni dans le sol, car cela demanderait beaucoup de temps, des souvenirs, une histoire personnelle vécue de manière directe que je m’emploierai à construire pierre par pierre, l’âme nue.

Mon appartenance m’attend patiemment depuis que je suis née. Elle attend que je parvienne jusqu’à elle, que je la voie, elle qui irradie dans les yeux des gens de ce pays et de cette terre.

Elle est dans l’accueil chaleureux de ma belle-famille. L’affection de mes cousines. L’accueil de mes grand-tantes maternelle et paternelle et de mes petits cousins. Le chauffeur de bus Abou Samir. Le chauffeur de taxi, Fadi. Les murmures du vieil homme qui m’a protégée par ses prières quand on m’a permis d’entrer à Jérusalem. L’homme qui s’est enquis de moi quand il m’a vue pleurer à la sortie du point de passage. Dans la rencontre plus qu’extraordinaire avec les écrivains, les critiques, les intellectuels, les lecteurs et les merveilleux libraires de Jérusalem Est, dans l’intelligence de l’entretien et dans la transparente profondeur des questions.

Elle est dans le bracelet en bambou aux couleurs palestiniennes dont le propriétaire m’a fait cadeau car il a vu qu’il me plaisait.

Vous êtes la plus belle appartenance. Mon amour pour vous est mon appartenance. Je suis née de l’incandescence de votre humanité à tous pour me trouver palestinienne. Mais aujourd’hui, j’ai choisi d’être palestinienne.

 

 


 

 

 

Fadwa Qasem

Traduction de l’arabe par Jalel El Gharbi

 

Related Posts

S’évader en dansant la Dabka...

15/07/2010

S’évader en dansant la Dabka...Ahmed ne se sent vraiment bien que lorsqu’il danse la Dabka, la danse palestinienne traditionnelle, qui est à la fois pour lui un foyer de résistance et un moyen de s’évader.

Bienvenue en Palestine

13/12/2004

Bienvenue en PalestineSous ce titre ironique, Anne Brunswic narre les quatre mois qu’elle a passés à Ramallah et dans les Territoires palestiniens: Je suis venue ici sans envoyée par personne, ni un journal, ni une association, ni une administration publique. En toute liberté, ce qui est plutôt exceptionnel ici où tous les étrangers relèvent plus ou moins d’une mission de ce genre. Ces Chroniques d’une saison à Ramallah – c’est le sous-titre du livre – donnent à lire le quotidien d’une Palestine enfermée derrière son Mur et renfermée sur elle-même, quotidien rythmé par le passage des innombrables checkpoints qui fragmentent son territoire. Juive laïque résolument diasporique, Anne Brunswic, qui vit à Paris, nous livre ainsi une vision inattendue du drame palestinien. A rapprocher de celle, parue quelques mois plus tard, du député arabe israélien Azmi Bishara dans Checkpoint. Les deux ouvrages sont publiés par Actes Sud.

Littérature palestinienne: entretien avec Adania Shibli

20/12/2010

Littérature palestinienne: entretien avec Adania Shibli«A partir de la lecture des nombreux textes écrits par les écrivains palestiniens contemporains, je dirais qu’il s’agit d’une littérature de l’étouffement, d’un dernier souffle interminable.» (Adania Shibli)