Le tourisme n’est pas un choix

fadwa-5On ne peut pas venir à Jérusalem les yeux, l’esprit ou le cœur fermés, sinon il vaut mieux se rendre en Grèce. Ici, à Jérusalem, il y a des murs, des murs énormes au vrai sens du mot. Des murs énormes qui séparent, isolent, emprisonnent, créent un nouveau statu quo dans la vie des Palestiniens, instable et changeant. Oui, oui, le mur. On connaît l’histoire, sauf que ce n’est pas un mur mais des murs dont on ne comprend combien ils imposent leur présence que dès lors qu’on s’est tenu en dessous, devant, dès lors qu’on les a touchés, fleurés, vus d’en haut et d’en bas. Des murs énormes, illégaux selon la loi internationale.

A peine descendue du car des tournées politiques, je me suis trouvée face à l’un de ces murs. Le voici. Un haut mur, en béton, étouffant, empoignant les quartiers et les villages. Il est surmonté de fils barbelés qui percent le ciel et qui vous brûlent les poignées comme des menottes. Si l’on se réveille un jour et qu’on se trouve à l’intérieur du mur, on doit y rester. On découvre alors qu’on a besoin d’autorisations du gouvernement israélien, des autorisations difficiles à obtenir. L’on mène alors une vie dominée par un béton implanté de force sur notre terre, celle de nos aïeux, sur une terre que la plus grande majorité de l’humanité considère comme sacrée.

Il y a aussi les murs qui entourent les camps des réfugiés palestiniens, par exemple celui de Shuafat. Ce sont des camps en Palestine où vivent des réfugiés palestiniens. Ils sont au nombre de dix-neuf à peu près. Oui, dix-neuf. Dans sa marche implacable, le mur peut devenir une partie de votre maison même. Si votre maison se trouve sur son parcours, le gouvernement israélien vous offre généreusement deux possibilités : soit que vous détruisiez, à vos propres frais, votre maison qui est souvent celle de la famille depuis des lustres, soit que votre maison devienne une partie du mur avec des grilles sur les fenêtres à jamais fermées. Votre voisin se retrouve soudain plus loin que la surface de la lune. Votre lot peut être pire… Il m’est arrivé de visiter Oum Nabil et Oum Mahmoud. La première est âgée, la seconde d’un âge mûr. Elles passent le plus clair de leurs journées assises sur des chaises en plastique blanches dans la cour derrière l’entrée, entourées de leurs amies. Ces femmes s’assoient avec, derrière elles, une petite maison à un étage et devant elles une maison à deux étages. La maison de derrière appartenait à la famille de Oum Nabil, la maison de devant à celle de Oum Mahmoud. Du trottoir où je me trouvais, j’ai pu apercevoir au premier étage deux enfants entre quatre et cinq ans. Leurs pieds se balançaient à travers les grilles de la fenêtre. Une voiture s’engouffra dans la rue et s’arrêta devant l’entrée de la maison. Deux Israéliens descendirent. Ils nous ignorèrent. Ils parlèrent puis se saluèrent. L’un d’eux entra dans la maison d’Oum Mahmoud, réquisitionnée par le gouvernement israélien pour être donnée à une famille juive venue d’Europe, d’une lignée qui, vraisemblablement, n’avait aucune attache historique ou morale avec la Palestine et encore moins avec ce quartier, cette avenue, cette maison.

 


 

Fadwa Qasem

Traduction de l’arabe par Jalel El Gharbi

 

 

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