Je franchirai ce pont

fadwa-2Le point de passage sur le pont du roi Hussein, dit pont Allenby, n’était qu’une salle rectangulaire, un guichet avec de nombreuses fenêtres. Devant l’entrée, il y avait peut-être cinq fonctionnaires du service de l’émigration, les uns debout, les autres assis. Il y avait une couchette pour quatre, où cinq personnes étaient assises à regarder la TV, à nous regarder les regarder. Si je ne m’abuse, c’était l’office du tourisme. A l’angle d’en face, il y avait des chaises disposées en rectangle. Cela faisait penser à une salle d’attente ayant vue sur une cafétéria où on servait des repas légers peu appétissants.

Mon passeport que j’ai présenté au guichet le plus proche est passé d’une main à une autre avec calme, avec professionnalisme. Je l’ai suivi de l’autre côté de la vitre, dans son va-et-vient d’un guichet à l’autre jusqu’à ce que je l’aie perdu de vue. Je me suis informée et j’ai compris que j’avais obtenu l’autorisation de voyager et que mon passeport allait rester aux mains de l’officier jusqu’à ce que je monte dans le car. J’ai réalisé par la suite qu’ils avaient apposé leur tampon sur une fiche et non pas sur mon passeport.

Ainsi donc, j’étais là, moi, la Palestinienne, la Libyenne de naissance, la canadienne de nationalité. J’attendais le car pour me rendre dans mon pays, la Palestine, en visiteuse. J’entrais en Palestine en traversant le pont à partir d’un pays arabe et non pas, par exemple, par l’aéroport de Ben Gourion. Un tampon suffisait pour me dénoncer : je me suis rendue en Israël et cela m’interdisait de revenir dans le pays où je vis. Cela était traité comme une normalisation. Comment donc visiter mon pays et par où m’y rendre ?

Je suis sortie de la salle d’attente, pour attendre à l’air libre. J’étais heureuse d’avoir quelques parents avec moi. Nous avons attendu, très longuement attendu. D’autres personnes attendaient aussi : des Arabes, des Palestiniens, des touristes… avec moi qui étais tout cela à la fois. Le car arrivera dans dix minutes, nous a-t-on dit à maintes reprises.

Le car est arrivé après près de 150 minutes. Je suis montée avec ma valise, mon passeport, ma fiche, les palpitations de mon cœur et mon stress. Et nous voilà partis.

 


 

Fadwa Qasem

 

Traduction de l’arabe par Jalel El Gharbi

 

 

 

Related Posts

Ramallah fait son cinéma

16/03/2004

Ramallah fait son cinémaDreams of nation (The Palestine film festival) et RIFF (Ramallah International Film Festival), deux festivals pour faire vivre la création palestinienne. Preuve que l’imaginaire est aussi un enjeu central pour préserver la culture lorsque celle-ci est menacée par un conflit permanent. Le cinéma y tient aujourd’hui une place importante.

Gaza aux yeux de sa jeunesse

16/07/2010

Gaza aux yeux de sa jeunesse«S’ils acceptent tous d’être décapités, aligne ta tête à côté des leurs, et appelle le bourreau!», dit un proverbe de Gaza (1). Beaucoup de jeunes Gazaouis s’adaptent à l’occupation, pensant qu’elle est un fait auquel on ne peut échapper. Témoignages.

Poèmes de la pierre

15/12/2003

Poèmes de la pierreCentre culturel Khalil Sakakini Ramallah (Palestine) Du 17 décembre jusqu’à fin janvier Ce mois de décembre le centre culturel de Ramallah, dirigé par Mahmoud Darwich et Adila Laidi, propose l'exposition Poèmes de la pierre de Husni Radwan, avec ses nouveaux «watercolors» figuratifs.