Et la terre se transmet comme la langue, poème de Mahmoud Darwich


En septembre le Studio-Théâtre de Vitry accueille en résidence Stéphanie Béghain, Olivier Derousseau et Isabelle Gressier qui viennent y poursuivre un long processus de recherche et de création portant sur l’œuvre du poète de Palestine Mahmoud Darwich.

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Et la terre se transmet comme la langue » est le titre français d’un poème de Mahmoud Darwich, écrivain de Palestine. Écrit en 1989 à Paris (pendant la Première Intifada) et traduit en 1990 par Élias Sanbar, il est publié dans le recueil Au dernier soir sur cette terre, chez Acte Sud.

 

 

Un long poème en prose qui emprunte ses formes à la métrique versifiée, au chant, et à la langue parlée, et, écrivent les organisateurs : “nous guide de seuil en seuil, vers un arrière pays peuplé d’évidences oubliées, de vieux morts qui vivants ou endormis — enfants, combattants, voyageurs, héros, martyrs, croyants — rentraient en terre de Palestine…

Les  artistes au prise avec le texte de Darwich expriment une exigence : “travailler à imprimer un texte depuis une scène dont la figuration ne peut faire entendre et montrer que le mutisme et la solitude de l’histoire. Aucune guerre, pas d’arme, aucune vocifération mais des lambeaux ou fichus cousus par une voix qui avance, et avance à l’image de quelqu’un qui du lointain ne cesse d’arriver. Cette voix, celle de Stéphanie Béghain, tente de rendre ses visions au poème. Nous souhaitons repousser les évidences pensant que le théâtre n’est ni une scène de parole, ni une chaîne d’actions, ni une scène de parole prise dans une chaîne d’actions. Mais un lieu où un public ou une audience serait invité à devenir le sujet d’un retard.”

Il y a des arrières mondes sensibles qui tout en apparaissant disjoints, nous donnent à saisir l’histoire comme une suite de possibilités oubliées. Donner aux absents une image ; celle du retour et du rêve d’un retour. “Une mémoire pour l’oubli” écrivait-il dans Beyrouth assiégé. Le poème commence par “ils sont rentrés” et se termine par “et rêvaient et rentraient”.  ”

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« Ils sont rentrés
Au terme du long tunnel à leur miroir, et rentrés
Quand solitaires ou rassemblés, ont retrouvé le sel de leurs frères et délaissé
Les légendes de la défense des places pour l’ordinaire des mots
Ils ne lèveront plus s’ils veulent, mains ou bannières aux miracles
Ils sont rentrés célébrer l’eau de leur existence, et ordonner cet éther
Marier leurs fils à leurs filles, faire danser un corps dans le marbre estompé
Suspendre à leurs plafonds tresses d’oignons, cornes grecques et ail pour l’hiver
Traire les pis de leurs chèvres et nuages qui ont coulé des livrées des colombes
Ils sont rentrés aux confins de leur obsession, à la géographie de la magie divine
Au tapis de feuilles de bananier dans la terre des tracés anciens
Une montagne sur la mer

 

 

Derrière les souvenirs deux lacs
Un littoral pour les prophètes

Et une rue pour les parfums de l’oranger. Aucun mal n’a atteint le pays (…) »

Mahmoud Darwich « Et la terre se transmet comme la langue »,
in « Au dernier soir sur cette terre », Ed. Actes Sud

 


Mahmoud Darwich, né le 13 mars 1941 à Al-Birwah en Galilée (Palestine sous mandat britannique) et mort le 9 août 2008 à Houston (Texas, États-Unis), est une des figures de proue de la poésie palestinienne.

Profondément engagé dans la lutte de son peuple, il ne cesse pour autant jamais d'espérer la paix et sa renommée dépasse largement les frontières de son pays. Il est le président de l'Union des écrivains palestiniens. Il publie plus de vingt volumes de poésie, sept livres en prose et est rédacteur de plusieurs publications, comme Al-jadid, Al-fajr, Shu'un filistiniyya et Al-Karmel. Il est reconnu internationalement pour sa poésie qui se concentre sur sa nostalgie de la patrie perdue. Ses oeuvres lui valent de multiples récompenses et il est publié dans au moins vingt-deux langues.

Il est connu pour son engagement au sein de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP). Élu membre du comité exécutif de l'OLP en 1987, il quitte l'organisation en 1993 pour protester contre les accords d'Oslo. Après plus de trente ans de vie en exil, il peut rentrer sous conditions en Palestine, où il s'installe à Ramallah.

 


 

 

PROGRAMME

vendredi 28 septembre à 20h
samedi 29 septembre à 20h
dimanche 30 septembre à 16h
lundi 1er octobre à 20h

Et la terre se transmet
comme la langue

poème de Mahmoud Darwich (Au dernier soir sur cette terre, Éditions Actes Sud)
traduction Elias Sanbar

par
Stéphanie Béghain
Olivier Derousseau
Isabelle Gressier

production Studio-Théâtre de Vitry, Association 1&1
avec le soutien de La Fonderie-Le Mans / Théâtre du Radeau
remerciements à Mohamed El Baz, Christophe Boulanger, Savine Faupin, Eyal Sivan, Bintou Sylla, Elise Vallois, Mariangela Gasparotto, Marc Pérennes.

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