Tombouctou: Un patrimoine islamique en détresse

Dans la confusion de la guerre civile qui se déroule au Mali, La ville mythique de Tombouctou est tombée entre les mains des rebelles de la faction Ansar Ed-dine, dérivée d’Al-Qaïda aux pays du Maghreb (AQMI) qui se proclame du wahhabisme pur et dur. Une doctrine qui bannit toutes les pratiques sociales, cultuelles et culturelles et tous les symboles qui ne correspondent pas à sa conception rigoriste et figée de l’Islam.

 

//Tombouctou

 

 

Depuis, de nombreuses voix, dont celle de l’UNESCO, se sont élevées dans l’urgence, pour appeler à la protection des trésors patrimoniaux inestimables que cette ville, classée patrimoine de l’humanité, abrite à l’intérieur de ses murs.

Tombouctou, surnommée «  la perle du désert », fut fondée au XIème siècle sur les bords du fleuve Niger. Elle était devenue au cours des épisodes brillants de son histoire et grâce aux revenus du commerce caravanier transsaharien, le plus grand centre de rayonnement intellectuel, économique et culturel dans tout le Sahel africain.

tim_333Il fut un temps où Tombouctou «  la savante », s’enorgueillissait de son université accueillant jusqu’à 25000 étudiants, de ses dizaines de médersas, de ses 333 saints , de ses précieuses bibliothèques aux 100000 manuscrits, et enfin de ses savants érudits et de ses mystiques soufis qui avaient diffusé l’Islam malékite à travers toute l’Afrique sub-saharienne, jusqu’aux côtes du golfe de Guinée.

 

Et même lorsque la ville a perdu de son lustre et de son importance, ses habitants ont continué à préserver fièrement les témoignages encore vivants de leur brillant passé,  dont les trois grandes mosquées Djingareiber, Sankoré et Sidi Yahia à l’architecture remarquable, des dizaines de mausolées édifiés à la mémoire des saints de la ville et- last but not least - les dizaines de milliers de manuscrits traitants de disciplines tant religieuses que profanes, souvent gardés de manière aléatoire, par les familles à l’ombre des maisons, ou par des institutions pieuses dans les bibliothèques des mosquées et des medersas.

 

//Mosquée Djingareiber

 

La grande urgence d’une intervention internationale pour le sauvetage de ce patrimoine en péril vient du fait que Tombouctou est aujourd’hui entre les mains de bandes fanatisées, qui ont déjà commencé leur entreprise nihiliste par la démolition d’une dizaine de mausolées irremplaçables, dont celui de la prestigieuse mosquée Sidi Yahia.

 

Plus grave encore, Profitant de la déliquescence de l’Etat malien, la faction surarmée d’Ansar Ed-dine qui semble avoir pris possession de tout le Nord du pays, ne cache pas son dessein de continuer son entreprise destructrice, pour « nettoyer » Tombouctou de tout ce qu’elle juge non conforme à sa lecture étriquée et lamentablement simpliste de l’Islam.

 

//Des habitants de Tombouctou tente de reconstruire la porte de la mosquée de Sidi Yeyia détruite par les islamistes

 

A l’état où en sont les choses, le danger est trop réel et la barbarie trop immédiate pour qu’on s’en cache ; et à notre avis, ce sont les pays musulmans, et ceux du Maghreb en particulier, qui sont censés réagir avant tous les autres, avant qu’il ne soit trop tard.

D’abord, parce que le danger est à leurs portes, ensuite, parce qu’une composante irremplaçable de leur propre civilisation partagée avec le Sahara, risque de disparaitre à tout jamais  par la faute de l’ignorance des uns, et pire, du silence, voire de la duplicité des autres.

 

 


 

 

 

Boubaker Ben Fraj

13/08/2012

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