Migrants en Algérie: trop d’abus, trop de brutalité

 

Fouad HASSAM membre  du Syndicat  national autonome des personnels de l'administration publique (Snapap) et militant des droits de l’Homme est de tous les combats et de toutes les actions de contestation. Les arrestations, les interdictions qu’il subit de la part des autorités n’ont pas réussi à le faire taire.

Récemment encore, le 12 juillet dernier, alors qu’il se rendait en Tunisie pour participer au  Forum Social Mondial, il a été refoulé à la frontière  par la police algérienne des frontières  au motif  qu’en sa qualité de fonctionnaire il  lui est exigé un titre de congé de l’administration. Ces tracasseries ne l’empêchent pas de continuer à dénoncer les atteintes aux droits de l’homme en Algérie dont celles contre les migrants subsahariens. Nous lui avons demandé de nous faire un point de situation.

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« Les migrants subsahariens sont quotidiennement arrêtés et de temps à autre, la police  lance des campagnes d'arrestations massives dans les villes. Nous ne sommes informés le plus souvent de ce type d’arrestations massives. Les autres passent inaperçues. Il n'y a pas un seul  jour où le tribunal d’Oran (capitale de l’ouest algérien) ne programme  des procès pour délit d'immigration irrégulière.
Concernant les centres d'attente,  je n’en connais pas.

 

 

 

C'est vrai que  la loi 08-11 de l'année 2008 évoque bien l'ouverture des centres de rétention pour les étrangers en voie d'expulsion ou de refoulement, et que le wali de la wilaya (préfet et préfecture) a le pouvoir d'ouvrir un tel  centre. Dans les faits, les migrants arrêtés (les Noirs spécialement) sont jetés en prison avec les détenus de droit commun. Dans le sud, à Ain-Salah, les condamnés au refoulement vers le Mali et le Niger sont entassés dans un centre qui est en réalité  une annexe du commissariat de cette ville. De graves atteintes aux droits des étrangers y sont commises, et pire encore, la torture plane sur  leurs têtes  et personne ne peut rien y changer.

 

Le fonctionnaire des droits de l'homme Ksentini (l’avocat Farouk Ksentini est président de la Commission nationale consultative de promotion et de protection des droits de l’homme (CNCPPDH), une  structure sous la coupe de la Présidence de la République) avait déclaré il y a quelques mois, qu'il allait remettre avant la fin de l'année 2012, un rapport sur la migration subsaharienne au Président de la République. Il avait affirmé qu'il préconiserait  l'ouverture d'un centre d'attente pour le respect des droits des migrants. C’était juste après l’afflux des réfugiés fuyant l’insécurité du Nord Mali.

 

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Le centre devrait normalement être implanté dans le nord du pays et accessible aux ONG. Il devra être géré par des organisations non gouvernementales (ONG), à l'exemple de Croissant Rouge, et non pas par la police. Les policiers seront présents uniquement pour intervenir en cas de conflits et ne devront nullement intervenir sans l'aval des gestionnaires du centre. Comme cela se passe  dans  le centre des réfugiés de Choucha à l'Est de la Tunisie que j’ai visité et dont  la gestion est confiée au HCR  (Haut Commissariat aux Réfugiés) et à d'autres ONG. L'équipe du HCR est constituée de jeunes de 25 à 32 ans. Ils ont l'autorité dans le camp. Les militaires sont à l'extérieur, ils sont invisibles et ils assurent la sécurité et rien d'autre. Aucun militaire n’entre si le  chef de camp, un jeune d’origine   indienne, ne les y autorise pas.

En Algérie le vrai problème, réside dans l’inexistence d'un Etat de droit. Normalement on devrait pouvoir saisir les députés sur ces dépassements pour qu’ils interpellent l’Exécutif et votent des lois qui protégeraient  les  populations vulnérables, dont les migrants. Mais nos députés sont illégitimes et ne pensent qu'à leurs avantages et au bien des membres de leurs familles. Dommage. Le pire est qu’il y a beaucoup d'argent dans le mouvement migratoire en Algérie, et des fonctionnaires véreux se font des petites fortunes  sur le dos des pauvres subsahariens.

 

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A Ain Salah, les migrants affamés sont obligés d'acheter la nourriture à un prix inimaginable à l'épicerie appartenant à un policier. Nous avons relevé trop d’abus. On se souvient tous de cette jeune femme, La maman de Joanna, qui  après avoir mis au monde sa petite fille en novembre  2011 a été refoulée à 2300 km dans un camion à bestiaux  et elle est restée deux mois à Tinzaouatine dans le froid de la nuit et la chaleur du jour sans argent puis elle a dû  retourner à Oran pour allaiter son bébé dans les geôles du commissariat central de la ville.

Pourtant  les migrants, surtout de confession chrétienne, ont une patience incroyable même face à notre brutalité et notre méchanceté. Je dois dire  que je suis fasciné par leur confiance en Dieu et ils nous font douter de notre propre foi. Je continuerai pour ma part à militer pour le respect de leurs droits humains et je pense que les journalistes resteront leurs seuls véritables avocats.

 


 

 

Propos recueillis par Ghania Khelifi

06/08/2012

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