Le blocus en toutes lettres


pal_fest_1Signe des changements intervenus dans les réalités politiques de la région, l’Egypte a donné l’autorisation à 37 auteurs et artistes – y compris l’auteure égyptienne Ahdaf Soueif- d’entrer dans la Bande de Gaza via le point de passage égyptien de Rafah, pour assister au Festival Palestinien de Littérature annuel [Palestine Festival of Literature].

C’était la première fois en cinq ans d’existence que ce festival itinérant avait lieu dans la Bande de gaza, qui vit en état de siège. Des auteurs de renommée internationale ont ainsi pu proposer aux Palestiniens des lectures publiques et des événements de niveau international.

Mais c’était également une excellente occasion pour les auteurs et les artistes impliqués dans l’événement - qu’Israël, jusqu’à présent, avait empêchés d’entrer à Gaza en passant par la Cisjordanie - de visiter l’enclave, pour la toute première fois. Cela n’a pas manqué de susciter des réactions émues de la part des artistes, bouleversés par l’accueil chaleureux que leur ont réservé les Palestiniens.

Comme d’habitude, le Hamas n’a pas perdu l’occasion de se tirer une balle dans le pied, en interdisant l’événement final du programme, un programme de cinq jours bien rempli. Et tout cela pour finir par présenter des excuses, un peu plus tard, en expliquant qu’il s’agissait d’une « erreur individuelle ». En réalité, le blocus israélien de Gaza, qui a coupé les 1.6 millions de Palestiniens du reste du monde, a aussi isolé leurs dirigeants, qui ont complètement perdu la notion de la réalité. En empêchant la tenue l’événement, les forces du Hamas se sont comportées ni plus ni moins comme la police israélienne, qui a systématiquement interdit le PalFest à Jérusalem. Trois heures après l’incident, le chef de la police de Gaza présentait ses excuses et promettait d’enquêter sur ce qui s’était réellement passé –une position que le Hamas adopte très communément chaque fois qu’il se trouve dans l’embarras face à l’opinion publique.

//« Il y a un petit secret. Si on le connaît, alors il est possible d’aller de l’avant. Pour réussir à vivre à Gaza, on doit créer son propre univers secret », Somaya el-Sousi, The City.

Mais cela fait peut-être également partie du grand mérite du PalFest, cette année. En apportant l’ « inhabituel » dans la Bande de Gaza, il a fait réfléchir les Palestiniens sur leur propre fermeture d’esprit, résultat d’un blocus de cinq ans devenu la normalité.

//« Chercher ses poèmes, c’est être injuste avec elle. Ne défigurons pas la beauté Gaza. Ce qu’elle a de plus beau, c’est qu’elle est affranchie de poésie, alors que nous autres, nous cherchons à remporter victoire avec des poèmes… » -Mahmoud Darwish, Ode à GazaLes ateliers et les événements publics, gratuits, qui ont été organisés dans le cadre du programme ont toujours fait salle comble. Ils ont été suivis durant ces cinq jours par des Palestiniens enthousiastes, en particulier par les jeunes Gazaouis, qui désirent plus que tout se sentir reliés à l’extérieur, y compris en matière d’art et de littérature.

En témoignent les centaines de personnes venues écouter dans le hall bondé du principal centre culturel de Gaza City le groupe égyptien Eskenderella. Un mélange électrique, fait de désir d’appartenir à un monde plus vaste et de solidarité mutuelle entre les révolutionnaires de la Place Tahrir et la jeunesse résistante de Gaza, emportait le public et les artistes.

Soutenant l’appel palestinien au boycott académique et culturel d’Israël, les organisateurs du PalFest ont réitéré la prise de position du festival contre le siège de Gaza et son engagement de revigorer les liens culturels entre les pays arabes, « liens qui se sont érodés pendant trop longtemps ».

Le producteur du PalFest, Omar Robert Hamilton, a déclaré: « La justice pour la Palestine faisait partie des revendications les plus pressantes des révolutions arabes. En Egypte, Tahrir a réclamé l’ouverture du point de passage de Rafah –or, la circulation des biens et des personnes continue à sévèrement limitée. Le PalFest a toujours travaillé à forger des liens culturels et aujourd’hui, plus que jamais, les partenariats régionaux et globaux doivent être utilisés pour placer la justice pour la Palestine au centre de la lutte globale qu’on voit monter un peu partout ».

Si la majorité des événements qui ont eu lieu cette année était organisée à Gaza, le PalFest a maintenu sa présence en Cisjordanie, où les auteurs britanniques Rachel Holmes et Bee Rowlatt ont animé des ateliers d’écriture complets à Bir Zeit et ont organisé une soirée littéraire au Centre Sakakini, à Ramallah, avec Maya Abu el-Hayat, Abd al-Rahim al-Sheik et Imad Sayrafi.

Le PalFest est soutenu par diverses organisations, dont l’Arts Council England et le British Council. Ses parrains comptent entre autres le romancier nigérien Chinua Achebe, l’auteur britannique Philip Pullman et l’actrice britannique Emma Thompson.

 

 


 

 

 

K.S.
Traduction de l’anglais Marie Bossaert
09/06/2012

 

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