L’animateur TV égyptien Bassem Youssef

 

L’animateur TV égyptien Bassem Youssef« Je suis optimiste pour l’avenir de l’Information en Tunisie et en Egypte »
Bassem Youssef est l’animateur du programme TV controversé AL BARNAMIJ (Le Programme) diffusé sur la chaîne égyptienne ONE TV. Son émission aborde les sujets politiques d’actualité avec beaucoup d’ironie et de satire. Il est venu récemment à Tunis pour tourner de nouvelles séries et pour animer un spectacle intitulé « les artistes de la liberté d’expression » les 24 et 26 février 2012.
Ce spectacle a réuni dans l’espace Zephir de la Marsa le journaliste Haitham Mekki, des artistes engagés tels Bendirman, Mehdi et des rappeurs.
Bassem Youssef est aussi venu en Tunisie pour observer la situation des médias après le 14 janvier, et étudier différences et similitudes entre les expériences tunisienne et égyptienne, dans une période de transition qui se caractérise par une surabondance d’informations. Dans cette interview, Bassem Youssef parle de son programme, de son travail et du métier de journaliste en Egypte.

 



Parlez nous d’abord de Bassem Youssef
Je suis un citoyen égyptien, médecin spécialiste en chirurgie du cœur, je vis en Egypte et je suis devenu célèbre grâce au programme AL BARNAMIJ. Avant ce programme, j’ai conçu plusieurs séries sur YouTube avant de partir travailler avec toute mon équipe pour la chaine ONE TV.

Comment vous est venue l’idée du programme?
Je suis d’abord un amateur de ce qu’on appelle les satires politiques, un domaine très développé aux Etats-Unis à la manière de Tom Stewards. J’avais envie de faire quelque chose de similaire, surtout que j’ai remarqué qu’il y avait beaucoup de mensonges, de faux et d’hypocrisie dans les médias. J’ai commencé par des vidéos faites chez moi et c’est comme ça que tout a commencé.
Quant aux obstacles auxquels il a eu à faire face et doit encore affronter aujourd’hui, il dit « mon travail devient de plus en plus difficile car je cherche toujours à innover et à inventer de nouvelles choses, tout en gardant l’effet de surprise pour garder mon public ».

Quelle est la position d’AL BARNAMIJ dans le paysage médiatique égyptien?
« Il est difficile pour moi de répondre à cette question, car on ne peut pas vraiment classer ce programme dans cette mosaïque des médias en Egypte. On est habitué dans notre pays à deux choses : la comédie d’une part et les programmes sérieux d’autre part, alors que dans notre programme, nous réunissons les deux, ce qui suscite les interrogations des téléspectateurs qui se trouvent face à des séquences drôles mais sérieuses en même temps ».

Y a t'il un feedback positif de la part des téléspectateurs?
Comme pour tous les programmes du monde, il y a toujours un feedback positif et un feedback négatif. Mais dieu merci jusqu’à ce jour, tous les échos que nous avons reçu sont excellents.

Avez-vous fait l’objet ou faites-vous l’objet de pressions , notamment à cause de votre manière récurrente de critiquer le Conseil Militaire Egyptien?
Non cela n'a pas encore eu lieu.

Que pensez-vous du secteur des médias en Egypte et croyez-vous que des changements auront lieu?
Des intimidations ont été exercées à l’encontre de plusieurs confrères journalistes soutenant le processus révolutionnaire, mais elles ne m’ont pas encore visé personnellement. Elles s'apparentent souvent à de la diffamation ou à de la diabolisation des activistes et de la révolution.

Quel avenir pour les médias égyptiens?
Je suis assez optimiste car le rideau de fer de la peur a été détruit, et les gens font tout pour dire librement ce qu’ils pensent ; il n’est plus question de réprimer les gens et de les domestiquer comme cela a été le cas par le passé ; la liberté d’expression est devenue une évidence.

Que pensez-vous des médias tunisiens comparés aux médias égyptiens?
La seule différence entre les secteurs des médias en Tunisie et en Egypte, c’est le nombre de chaînes et de professionnels des médias. On assiste aux mêmes confrontations politico-médiatiques, aux mêmes problèmes et aux mêmes accusations.

Quelle alternative proposez-vous et comment vous y employez-vous?
La même alternative qui existe dans beaucoup de régions du monde : un Etat civil, un gouvernement élu, des forces armées sous l’autorité civile, ce ne sont pas des choses que j’ai inventées, mais des réalités qui existent bel et bien dans plusieurs pays démocratiques.

 

 


 

 

Rym Ben Frej
mars 2012

 

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