Islamisme algérien. Le grand écart


alg_isla_1Pour ces élections législatives, les partis islamistes établis ou nouvellement agrées se mobilisent et tentent de taire leurs dissensions pour réaliser leur rêve de toujours : la majorité parlementaire. Trois d’entre eux, le MSP (mouvement de la société pour la paix), El Islah et En Nahda ont annoncé début mars leur Alliance verte qui se traduirait par des listes de candidats communes. Ces trois formations, avec un ancrage populaire non négligeable, représentent l’islamisme algérien dans sa version soft après l’échec de l’islamisme radical de l’ex FIS (front du salut islamique). Ce parti dissous en 1992, grand vainqueur des législatives de la même année, n’avait pas réussi à canaliser ses militants radicaux qui ont riposté par les armes à la décision du pouvoir d’interrompre le processus électoral.

Les 15 années de violence qui s’ensuivirent, la politique de réconciliation nationale qui a permis aux islamistes armés d’être réhabilités (les repentis) ont porté le coup de grâce au FIS et à ses chefs historiques. Pourtant l’islamisme n’a cessé de progresser dans la société algérienne de plus en plus réceptive au salafisme (tendance inspiré du wahabisme saoudien) et à ses prédicateurs. Les pratiques de cet islamisme rigoriste sont dominantes alors que paradoxalement les partis islamistes peinent à recruter et ou à mobiliser les jeunes.

Les membres de l’alliance verte comme les autres formations du courant islamiste sont de plus en plus mal à l’aise dans ce costume d’islamiste institutionnel car ils doivent convaincre leurs bases de leur fidélité aux valeurs islamistes tout en ménageant un gouvernement prompt à interdire et à manipuler. Leur stratégie « entriste » a certes été payante (43 députés pour Islah et 38 pour le MSP en 2007) même s’ils ont dû montrer patte blanche au pouvoir. Le MSP a poussé son entrisme jusqu’à adhérer à l’alliance présidentielle de Bouteflika aux côtés du RND et du FLN, les deux formations colonne vertébrale du système. Contraints de soutenir les décisions et oukases du pouvoir comme l’amendement constitutionnel permettant au président de briguer un troisième mandat, les islamistes algériens développent désormais un discours démocrate bien qu’inspiré des valeurs islamistes pour rassurer l’opinion publique et les décideurs militaires.

Les représentants de l’Alliance verte dans leurs meetings de campagne répètent qu’ils sont l’alternative par leur « programme réformateur visant à lutter contre les phénomènes négatifs qui ont accablé les algériens depuis 50 ans, notamment le chômage, la crise du logement, l’injustice et la corruption ». Ils appellent à la « réaffirmation du caractère républicain de l’Etat, un système démocratique basé sur le pluralisme, et l’instauration d’un régime parlementaire à chambre unique ». Ces pierres jetées dans le jardin du président Bouteflika ne débarrasse pas pour autant ces partis de l’étiquette « participationniste » avec le pouvoir. Les scandales de corruption ayant impliqué des ministres du MSP ne sont faits pour arranger les choses. Selon un sondage réalisé par une équipe américaine pour le compte d’Arab Barometer 84,5% des Algériens ne s’intéressent pas à la politique et 52% s’en méfient. Tous les spécialistes avancent d’ailleurs un taux de participation ne dépassant pas 28% aux élections du 10 mai encadrées pourtant par des observateurs étrangers.

Le gouvernement utilise cette crainte de l’abstention pour disqualifier ses opposants islamistes récupérant sans états d’âme le traumatisme de la guerre civile des années 1990. Le premier ministre, leader du RND, a exhorté les électeurs à voter s’ils ne veulent pas « se retrouver en kamis(habit islamique NDLR) et en barbe ». Dans un meeting le 23 avril dernier le premier ministre a directement attaqué l’Alliance verte affirmant que « l’Algérie n’est ni la Tunisie ni le Maroc, ceux qui comptaient sur une avancée verte ont-ils quelque chose à proposer ? ». Le même Ouyahia s’en prendra au printemps arabe qu’il décrit comme «un vent qui souffle dans tous les sens, un vent qui vient de l’Orient et de l’Occident et on qualifie ça de printemps ! Moi je le qualifie d’hiver ». Le premier ministre connu pour être l’homme des généraux algériens semble ignorer que L’épouvantail islamiste version FIS ou Ben Laden ne peut fonctionner pour amener les Algériens aux urnes. Car ils aspirent au changement de système et à la chute de personnages comme lui justement.

Les populations, déçues par les partis islamistes et par le gouvernement, ne sont pas prêtes à reprendre le chemin de la révolution et de l’affrontement mais souhaiteraient choisir librement leurs représentants dans la perspective d’un régime sur le modèle turc ou du moins de la représentation qu’elles s’en font. Un islamisme qui n’étouffe pas les libertés mais qui respecte en même temps les principes islamiques et démocratiques. Il est peu probable que les A si le pouvoir décidait de renoncer à ses pratiques de fraude électorale.lgériens aient l’opportunité de tester les partis politiques islamistes car la présomption de fraude électorale est si forte contre le pouvoir qu’il est inutile dans l’esprit de la majorité de se prêter au jeu des urnes.

 


 

Ghania Khelifi
03/05/2012

 

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