Rencontre avec Rumena Buzarovska et Goce Smilevski

Rencontre avec Rumena Buzarovska et Goce Smilevski
Goce Smilevski - Crédit Photo Galia Yotova

 

Elle pousse la porte de Menada, le café dans lequel nous avons rendez-vous, dans la vieille ville, au cœur de l'héritage ottoman de Skopje. C'est aussi ce lieu que cet autre écrivain macédonien, Goce Smilevski, a choisi pour venir discuter de son oeuvre, et parler de cette mystérieuse génération littéraire macédonienne. Quelle est-elle? Dans ce petit pays de deux millions d'habitants, identifier les auteurs qui la composent est un véritable défi.

Elle, c'est Rumena Buzarovska. Elle fête ses trente ans cette année, et enseigne l'anglais à la faculté St. Cyrille et Méthode. Dans un anglais parfait, d’une grande richesse lexicale, elle raconte comment elle prend aussi, par plaisir, le temps d'écrire. Sans ambition déclarée, elle écrira tant que l'inspiration sera. Deux ouvrages rassemblent ses nouvelles, courtes, Griffonages, publié en 2007, et Dent de sagesse, en 2009. Lui, c'est Goce Smilevski, 35 ans et prêt à rire de sa calvitie précoce. Il a été récompensé en 2010 par le prix européen de la littérature, pour son oeuvre Conversations avec Spinoza . Exception parmi les auteurs macédoniens, il est désormais établi en tant qu'écrivain.

Ces deux écrivains, tous deux trentenaires, sont les plus lus et connus du moment. Certes s’ils ne représentent pas à eux seuls la complexité du contexte macédonien, ils sont l’expression des tendances actuelles et du choix qu’opère le lecteur parmi la kyrielle d'auteurs publiés.

Petit marché, pas d'auteurs frustrés

 

Rencontre avec Rumena Buzarovska et Goce Smilevski
Rumena Bužarovska - Crédit photo R. Buzarovska

 

Rumena Bužarovska se dit chanceuse d'avoir été sélectionnée par le comité du Ministère de la culture, puis par son éditeur, Blesok, pour publier ses ouvrages. "Je ne cherche pas à tout prix la publication, car ce n'est pas une difficulté en soi." Si ses publications ont reçu un financement, il est très facile de s'autopublier. Les auteurs macédoniens vivent donc loin du syndrome de l'écrivain désespéré, cherchant à tout prix la publication. "Si l'on peut parler d'un point positif, ici, poursuit Rumena, c'est qu'il est facile de publier ses textes. Il suffit de réunir 500 euros, une certaine somme, soit, mais pas impossible, pour imprimer son œuvre. Cela veut dire que tout un chacun à accès aux lecteurs." Les ouvrages sont publiés en 300 ou 500 exemplaires, 2000 au maximum. Ce qui rend le marché littéraire du pays très accessible, par sa taille. Vigilance donc, sur les maisons d'édition : les plus réputées sont Templum, Tabernakul, Blesok, Magor et Ili Ili.

La critique littéraire, elle, se fait rare dans les médias de Macédoine. Une idée partagée aussi bien par les auteurs que par les maisons de publications: tous fustigent les médias, qu'il qualifient de paresseux et inaptes à produire des critiques de qualité.

 


 

Béatrice André
02/01/2012

 

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