Harcèlement médiatique

 

Après avoir essayé de dénoncer un grand nombre d'abus et d'actes de corruptions, ces nouveaux journaux ont été farouchement attaqués, privés de recettes publicitaires, mis en second plan dans les kiosques… Ces pratiques sont contraires à toute éthique à la base de la distribution. Augmenter le coût normal de l'impression est un autre type de pression de plus en exercée sur cette jeune presse.
Les plaintes des directeurs de journaux ainsi que des attaques ciblées et délibérées contre ces nouveaux journaux ont permis, en l'absence de contrôle et de sanctions, à quelques gens du pouvoir de déployer leurs méthodes subversives, à tel point que le journal Assada (l'écho) a été fermé le 6 octobre dernier par le superviseur juridique de Dar Al-Sabah pour des raisons pûrement politiques, d'après le rédacteur en chef, Mr Salah Attia. Le journal Al oula (La première), quant à lui, a lancé un appel de détresse en noir sur toute sa Une, « pour symboliser l'horreur de l'abus qu'il a subi de la part d'un des principaux distributeurs a déclaré son directeur.

La distribution et les pratiques honteuses:
Pour M. Salaheddine Jourchi, rédacteur en chef adjoint de Almouharrer (l'éditeur) « la crise de la distribution, de la publicité et de l'impression sont les problèmes majeurs qui menacent les journaux nés après la révolution. Même si la révolution a aidé le domaine du journalisme à se réveiller, le besoin de liberté par rapport aux méthodes de l'ancien régime reste une priorité inaliénable de la révolution. »
« La distribution d'un journal sur l'ensemble du territoire est exposée à diverses pratiques de discrimination de la part des distributeurs, tant au niveau de la capitale qu'à l'intérieur du pays. Le journal peut être absent dans les magasins ou peut ne pas être distribué dans certaines villes tout simplement car certains distributeurs en décident ainsi » a ajouté M. Salaheddine Jourchi.
Le Propriétaire de Al oula (la première), M. Nabil Jridat, a souligné que certains des grands journaux qui existaient déjà avant le 14 Janvier sont en train d'influencer les principaux distributeurs tunisiens à commettre des excès contre les journaux récents, afin qu'ils ne soient pas lus, allant jusqu`à les stocker sans les distribuer. Ainsi, lui même donne au distributeur 10 000 exemplaires desquels seulement 4 000 exemplaires, sont distribués.
Le journaliste Younès Amamou du journal Alirada, (la volonté) s'est affronté à un aléa du même ordre , lorsqu'un distributeur a augmenté le prix de la distribution afin qu'il se montre "plus coopératif".
Harcèlement médiatiqueLa journaliste Khawla Selliti dit qu'elle ​​s'est arrêtée devant un kiosque vendant des journaux dans la rue de Carthage, et qu'elle lui a demandé Alssada (l'écho). Le vendeur lui a affirmé ne pas avoir ce journal ce jour là, et lorsqu'elle s'apprêtait à s'en aller, il lui a demandé de l'attendre un peu plus loin et il lui a apporté discrètement le journal en lui demandant de le cacher. Elle lui a alors annoncé qu'elle était journaliste dans ce journal et qu'elle pouvait le trainer en justice pour ça. Il s'est mis à la supplier en lui disant que c'etait le distributeur qui lui avait demandé de ne pas vendre le journal pour des raisons qu'il ne connaissait pas.

 

Harcèlement médiatique
Mariem Nasri,

 

Mariem Nasri, journaliste pour Al oula (La première), affirme avoir demandé le journal dans un kiosque de la Cité Ezzouhour. Le vendeur lui a répondu n'en avoir reçu que deux et les avoir déjà vendu le matin. Il a ajouté aussi que le distributeur ne lui en apportait parfois aucun, alors que le propriétaire du journal affirme produire des milliers d’exemplaires.
Toujours dans le même ordre d'idée, il suffit de regarder les kiosques pour se rendre compte que les vendeurs font exprès d'exposer en première ligne les journaux d'avant le 14 janvier, et que, ceux parus après cette date sont souvent délibérément mal exposés, leurs titres cachés, ou bien encore pire, non exposés. Ces incidents sont fréquents.

Crise de la publicité et l'impression:
La publicité et les bénéfices de la vente des journaux représentent les ressources les plus importantes qui font vivre ces journaux. Mais en ce moment il n'y a pas de contrôle ni d'encadrement qui régissent la publicité, publique ou politique, afin de garantir l'égalité des chances, surtout après la dissolution de l'Agence de Communication Externe qui se chargeait de la répartition équitable de la publicité sur les pages des journaux.

 

Harcèlement médiatique
M. Salaheddine Jourchi

 

 

M. Salaheddine Jourchi explique que le journalisme rencontre de grandes difficultés. L'administration de son journal a contacté plusieurs institutions pour la publicité, mais ces dernières ont déjà signé pour avec d'autres journaux, et ne comptent faire de la publicité qu'au début de l'année prochaine.
En ce qui concerne la publicité politique, M. Nabil Jridat affirme qu'il respecte l'éthique de la profession qui l'oblige à maintenir l'indépendance du journal, tandis que plusieurs autres journaux en dépendent financièrement. Il affirme que s'il choisissait cette méthode il ne connaitrait pas ces actuelles difficultés financières.
En plus des problèmes de distribution et de publicité, les journaux tunisiens d'après le 14 Janvier souffrent des coûts élevés de l'impression en raison du faible nombre d'imprimeries existantes, ce qui pousse parfois ces dernières à refuser d'imprimer les nouveaux journaux, ou encore à leur demander des prix abusifs. Pour cette raison M. Salah Al-Din a souligné "la nécessité de créer d'autres d'imprimeries qui pourront accueillir ce grand nombre de nouveaux journaux. "

Ligne de rédaction du journal:
Journaliste, M. Younis considère que le journal « la volonté» sera le porte parole du Parti du Travail National Démocratique , et qu'il véhicule par conséquent les idées et les positions du parti, de la même façon que le font tous les journaux des autre partis. D'un autre côté, les journaux indépendants sont soumis à la tentation, et sont parfois forcés de suivre des voies financières louches dans lesquelles la corruption joue un rôle explique son directeur Nabil Jridet.

 

 

Harcèlement médiatique
M. Nabil Jridat

 

M. Nabil a confirmé avoir reçu plusieurs offres de partis politiques qui ont essayé de rentrer avec lui dans le capital du journal, mais il a refusé, persuadé que cela pourrait fausser l'indépendance de la ligne de rédaction du journal. S'il n'a donc pas cédé à la tentation, la pression, elle, pourrait avoir un impact plus influent. Le professeur Salah Eddin Jourchi a par exemple confirmé que le journal  «L'éditeur» était victime d'une pression indirecte lui proposant de modifier la ligne éditoriale du journal. Mais il considère que la modération et le respect de l'identité arabo-musulmane dans le traitement des sujets ne peuvent être remis en cause.

Ecrire honnêtement ou retransmettre la réalité telle qu'elle est, sans mensonge, fait d'un journal une cible et le rend plus susceptible d'être touché par des tentatives de fermeture ou de renvoi de ses journalistes. La ligne éditoriale du journal « l'écho », qui a gêné l’ancien gouvernement à plusieurs reprises ainsi que les discussions soulevées par ses journalistes ont inquiété les membres de la Haute commission pour la réalisation des objectifs de la révolution et en particulier L'Instance Nationale pour la Réforme de l'Information et de la Communication  (INRIC), ce qui a provoqué un climat d'hostilité qui a finalement conduit à l’arrêt de son édition. Ce qui peut être considéré comme normal dans les pays démocratiques occidentaux est devenu dans notre pays une nouvelle façon de museler les bouches et frustrer les journalistes pour arriver à satisfaire des intérêts particuliers à propos d’un sujet bien déterminé.
On ne peut donc plus parler de la sacralité de l’information dès lors qu'elle est fabriquée dans les coulisses des médias, ou telle que déterminée par les directives de telle ou telle personne.

Nous avons parlé dans notre révolution de vouloir assainir entièrement l'appareil sécuritaire du ministère de l’intérieur et de la structure de la magistrature ainsi que le rendement de l’administration, mais peut-être les Tunisiens ne savent-ils pas que le secteur le plus impliqué dans la corruption et la formation de la scène politique actuelle est le secteur des médias. Tout est resté tel qu'il était avant dans les mêmes journaux quotidiens et hebdomadaires, dans la même radio nationales, régionales et privées, dans les mêmes chaînes de télévision, publiques et privées. D’ailleurs, un des propriétaires d’une chaine la considère "sa propriété pour faire tout ce qu'il veut» . N’importe quelle chaine qui essayerai de relever la tête de sous l'eau sera bombardée inévitablement, tel que le prouve l'exemple de la chaine "La Tunisienne », qui est devenue une concurrente des chaines d’avant le 14 Janvier.

La situation des médias après la révolution du 14 Janvier a besoin d’une protection spéciale de quelques organismes médiatiques extrémistes, qui ont travaillé et travaillent toujours pour le compte de certains personnages ou structures. La réussite de la Tunisie dans la consolidation de la démocratie que l'on espère est intimement liée à la situation des médias tunisiens et à leur capacité à assurer leur indépendance et obligation de transparence. Il faut mettre l'accent sur la nécessité de former des structures de contrôle afin de suivre et de punir ceux qui commettent ces infractions concernant la distribution, la publicité et l'impression. Ce sont des questions logistiques qui touchent des propriétaires de journaux et nuisent gravement à la production de l'information, ce qui manipule le paysage politique dans le pays. La Tunisie ne pourra pas donner naissance à un pays démocratique sans médias libres.

 


Marwen Farhani

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