L’action des partis, des associations et des syndicats

 

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Le retour à une vie politique embrigadée comme ce fut le cas par le passé est quasi du domaine de l'impossible. Le paysage social et politique fait de la démocratie en Tunisie une issue inéluctable; Une Tunisie pluraliste avec ses nombreux partis, associations et syndicats et, surtout, un paysage médiatique plus riche et diversifié permettra de créer un terrain propice à une transition sans heurts vers la démocratie en Tunisie afin de répondre aux aspirations et aux besoins de la société tunisienne avec la consolidation d'une nouvelle culture sociale qui avait disparu auparavant.

Le Dr Hammadi Redissi, Président de l’Association pour la défense de la laïcité en Tunisie, a noté que la prolifération des associations et leur diversité est l’étape la plus importante dans le processus de transition démocratique compte tenu du rôle que le tissu associatif peut jouer dans la sensibilisation qui contribue principalement à développer les institutions de la société civile, à consacrer la notion de citoyenneté et à organiser le processus électoral, afin de créer un terrain approprié pour les élections de l'Assemblée constituante le 23 octobre prochain.

102 nouvelles associations ont été créées en Tunisie depuis la révolution, pour atteindre un total de 9 694 associations œuvrant dans le domaine politique, culturel et social, et dont le rôle est essentiellement axé surà l’information, la sensibilisation et l’éducation du citoyen tunisien en préparation de la nouvelle phase démocratique.

Le Dr Hammadi Redissi était ouvertement critique du rôle jugé trop discret de l’Union Tunisienne des travailleurs depuis 23 ans, mais il a parallèlement fait l'éloge de leur position solidaire à la Kasbah I et II. L’impact de la participation de l'Union a été manifeste précisément à la Kasbah III : sans son soutien et sa participation, le sit-in a échoué.

Le Dr Hammadi considère la prolifération des syndicats de travailleurs comme un phénomène extrêmement important dans la consolidation de la démocratie, comme cela s'est produit en Espagne et au Portugal après leurs révolutions quelque peu semblables à la révolution tunisienne de par les conditions sociales, le système politique et l’emprise sécuritaire. Pour ces raisons, il considère que l'émergence d’autres syndicats parallèles répartis sur l'ensemble du territoire de la république est un des plus grands acquis de la révolution. A l'Union Générale des Travailleurs Tunisiens sous la présidence de M. Abdeslam Jrad s’ajoute également la Confédération Générale des Travailleurs Tunisiens, dirigée par Habib Guiza ainsi que L’Union des Travailleurs Tunisiens. Ainsi, la diversité de la scène syndicale tunisienne est un accomplissement de la révolution pour défendre les droits des travailleurs qui incitera les leaders syndicaux à d’avantage de travail, de compétition et de persévérance afin de satisfaire les revendications des travailleurs.

Le journaliste et chercheur en histoire moderne, Adel Kadri, a déclaré que l’époque du dictateur président unique d’un parti unique est révolue. Le nombre atteint par les partis dans toutes les mouvances politiques, de gauche ou de droite, nationalistes ou progressistes, ne peut que rassurer les citoyens tunisiens et chasser les inquiétudes contrairement à ce qu’affirme bon nombre de personnes ou comme certains médias le sous-entendent sous prétexte que la multiplicité des partis contribue à intensifier le flou sur la scène politique pour un citoyen qui a abandonné la politique depuis des décennies.

Au total, 104 partis ont été autorisés par le ministère de l'Intérieur ; le paysage pluraliste tel que décrit par le Dr Adel est un phénomène sain qui crée une force politique et aussi un contre pouvoir afin d’empêcher que le pouvoir ne soit aux mains d’un seul parti et de permettre au citoyen tunisien d’en sortir vainqueur grâce aux concessions que ces partis devront faire et qui seront souvent en sa faveur.

La multiplicité des couleurs dans les lignes éditoriales des médias sur la scène tunisienne est un acquis considérable de la révolution selon les propos de Kais Ben Yahmed. Les médias permettent de suivre la réalité politique et sociale et de créer le lien entre le peuple et le gouvernement, le peuple et les partis et entre le peuple et ses propres exigences. Du jour au lendemain, les médias qui n’étaient qu’un porte-parole du gouvernement se limitant aux sempiternelles phrases : « le Président s’est réveillé, le Président a reçu, le Président s’est endormi…" considèrent aujourd’hui que l’éloge du Gouvernement est une trahison de la révolution et du peuple.

Dans un futur proche, 4 chaines de télévisions publiques verront le jour et près de 12 nouvelles radios sont en attente de l’agrément de l’Instance supérieure de la réforme de l’information pour les soumettre au gouvernement en plus de la multiplicité des journaux papiers et surtout de la presse électronique avec un lectorat de plus de 2 millions d’internautes. Tous ces médias pourront exercer un contrôle public sur le monde des affaires, et sur l’action des partis et du gouvernement.

Nombre de Tunisiens pourraient considérer la multiplicité des partis, des associations, des médias et des syndicats comme un phénomène inquiétant et insolite car nous n’y sommes pas accoutumés. Mais cette pluralité sous ses différentes formes est l’unique rempart contre le retour de la dictature d’un parti sur le modèle tracé par le RCD. Néanmoins, le souci majeur du public en cette phase de transition demeure précisément l’indépendance de la justice, et le plus grand impératif est d’enraciner l'esprit de citoyenneté chez les tunisiens qui étaient à un certain moment de l'histoire sur le point d’oublier que ce pays est le leur et qu’ils y ont des droits et des devoirs.

 



Marouane Farhani

 

 

Hamadi Redissi

 

 

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