La femme et le principe de parité

 

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Un conflit latent entre les acquis intellectuels et les forces rétrogrades
Suite à la révolution, notre pays a connu une transformation radicale qui n’a épargné aucun domaine ni aucun courant intellectuel affectant même le domaine juridique. Une des conséquences les plus importantes de la révolution a été d’imposer dans le code électoral le principe de parité entre hommes et femmes afin de renforcer leur présence dans la sphère politique et de consolider leur capacité sur la voie de l’avènement de la démocratie.

Cette loi sur la parité nous pousse à méditer sur la réalité de la femme à une époque révolue où on nous louait ses droits et l’égalité entre les sexes dans le seul but d’instrumentaliser la question féminine pour faire la promotion et l’apologie d’une certaine politique. Ceci advenait sans pour autant lui permettre de participer effectivement aux décisions politiques, même si elle avait toutes les capacités et les aptitudes intellectuelles pour le faire.

En cette phase délicate, tous les partis nouvellement créés ont cherché à impliquer les femmes dans leur action comme membres actifs aspirant à parvenir à un poste au pouvoir selon le principe de la parité et de l’égalité.

Comment est-ce que la femme tunisienne perçoit aujourd’hui le principe de la parité ? Est-ce qu’il est significatif de son aptitude à concurrencer l’homme dans la quête du pouvoir ou s’agit-il simplement d’une participation symbolique dans le paysage politique reflétant un statuquo regrettable ?
Nous nous sommes entretenus avec certaines femmes militantes : .les opinions de même que les points de vue divergent.

Samia Ben Brahim, membre d’Amnesty International et militante indépendante des droits humains. «D’un point de vue pratique, la parité n’est pas une solution appropriée, mais plutôt un piège pour certains partis de l’opposition».
L’égalité entre la femme et l’homme a révélé la réalité de ce dernier et son animosité envers la femme qui est devenue claire après la révolution, même si elle y a participé d’égal à égal, qu’elle s’est exposée aux mêmes dangers dans les moments difficiles que le pays a traversé. Ceci n’a pas épargné aux femmes l’attitude hostile des hommes à leur égard, qui est devenue claire à travers les abus et les insultes dont elles peuvent faire l’objet dans la rue et qui ont pour effet d’affecter tout son être. Néanmoins, cette attitude ne saurait menacer les acquis de la femme. C’est à elle de jouer pleinement son rôle dicté par la nécessité de maintenir, de développer et de défendre ses acquis bec et ongle. Elle doit participer à la vie politique de manière effective. Le rôle que la femme est appelée à jouer en cette période est à la fois indispensable et difficile car elle doit renforcer la présence solidaire des femmes dans la sphère politique tout en évitant de créer des animosités avec les hommes. Elle doit édifier une véritable égalité dans un climat démocratique.

La parité dictée par le code électoral a été imposé à la Haute Instance pour la Réalisation des Objectifs de la Révolution. Mais dans la pratique, la parité est inexistante. Le nombre d’hommes au sein de l’instance dépasse celui des femmes, et c’est également le cas de l’Instance Supérieur Indépendante pour les élections. On peut même affirmer que la parité est au stade de la comédie ou plutôt du piège qui est tendu à certains partis de l’opposition pour révéler la réalité de leur vision de la femme. En pratique la proposition de la parité n’était pas appropriée. En fait la femme se trouve sous la domination de l’homme dans la sphère politique. Il faut donc qu’elle soit vigilante face à toute atteinte de ses acquis. Plus encore elle doit mettre à profit son savoir et ses capacités intellectuelles pour développer et concrétiser ces acquis. Sa présence sur la scène politique avant la révolution était certes limitée et on pouvait lui trouver des excuses pour plusieurs raisons. Seulement aujourd’hui, elle n’a plus d’excuses. Elle doit défendre les principes qu’elle veut mettre en œuvre et les défis qu’elle veut relever dans une communauté d’hommes qui croit encore que la femme n’a ni les capacités ni le sens de la responsabilité pour participer à la prise de décision.

Leila Chebbi Ayari, Présidente de l’association Irtikaa. «Une mesure révolutionnaire et fruit du militantisme féministe décuplent les défis des femmes».

La révolution tunisienne a servi de déclencheur à la libération des volontés individuelles et collectives et à l’ouverture de nouveaux horizons propices à la réalisation de toutes les attentes qui sont restées opprimées pendant plus d’un demi-siècle. La révolution Tunisienne a également permis de réconcilier la Tunisienne avec elle-même et de lui restituer une dignité usurpée tout en créant un terrain favorable à l’adoption de nombreuses mesures révolutionnaires dont la plus important est le principe de parité. Cet exploit législatif révolutionnaire a eu le même impact que l’électrochoc que Bourguiba a provoqué lorsqu’il a promulgué le code du statut personnel et les autres lois qui même si elles reflétaient les attentes de l’élite, étaient avant-gardistes par rapport à la culture dominante de la société, c’est ce qui explique les protestations et les voix de l’opposition particulièrement au sein de la mouvance traditionnelle. Seulement, la société tunisienne a pu se les approprier et en faire une composante de ses acquis.

Ainsi, si le principe de parité reflète fidèlement les attentes, les ambitions et la volonté de la femme qui consistent à se libérer de la tutelle exercée par l’homme, ces attentes légitimes ne doivent pas être sacrifiées sur l’autel des difficultés que pourraient rencontrer certains partis lors du processus électoral ou de certaines voix dissonantes qui ont échangés leurs arguments basés sur l’exclusion et la discrimination par ceux de la compétence et de la méritocratie, oubliant en cela que la femme ne peut acquérir la compétence que si elle s’engage efficacement dans les affaires publiques et que si son parcours est jalonné d’erreurs mais aussi de réussites. Ainsi, le principe de la parité est une mesure révolutionnaire et un acquis capital de l’après-révolution. Néanmoins, il faut reconnaitre que cette loi électorale multiplie les défis pour la femme qui doit prouver son mérite et souligner que cette loi est le fruit des militantismes féministes menés par les femmes tunisiennes depuis plus d’un siècle associé à l’œuvre une élite éclairée croyant en l’égalité et rejetant la différenciation et la discrimination basée sur le genre.

Henda Chaabane Secrétaire général adjoint du Parti démocratique pour la justice et la prospérité.
«Une loi qui fait des femmes un élément de décoration sans impact politique réel »
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Le principe de parité est censé refléter la compétence de la femme, son égalité avec l’homme et sa participation effective au processus de transition démocratique, seulement ce que nous constatons aujourd’hui c’est l’absence des femmes de la scène politique. Même leur présence dans les partis est purement protocolaire. Pourquoi ne voyons nous pas ou n’entendons nous pas parler de femmes présider un parti et avoir pour ambition grâce à leurs connaissances et à leur capacités intellectuelles de se porter candidate à l’élection présidentielle ? Nous sommes encore loin de l’application de ce principe sur le terrain. Pourtant, Bourguiba a levé les obstacles en offrant aux femmes le code du statut personnel comme un rempart pour leur dignité, la gratuité de l’éducation et l’égalité avec les hommes. Seulement, sous l’ère Ben Ali ces privilèges semblaient réservés seulement à des femmes appartenant à une élite ou à une classe sociale particulière, alors que la classe moyenne, c.à.d. la majorité de la société, est représentée par la femme qui travaille, qui peut être rurale et qui est victime de la marginalisation et de l’oppression par un environnement masculin qui ne voit dans la femme que le rôle naturel auquel elle est destinée. Le principe de la parité n’a été octroyé à la femme que comme un hommage formel qui fait des femmes un élément de décoration dans le paysage politique sans véritable impact. Aujourd'hui, les femmes sont plus que jamais tenues de défendre ce principe et de s'engager dans les affaires publiques et la vie politique pour prouver leur mérite et leur compétence afin disputer les postes d’autorité aux hommes.

 


Mbarka Ksir

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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