La marche des salopes

 

 

La marche des salopesActif sur le net depuis plusieurs semaines, le mouvement Slutwalk Morocco (la marche des salopes) compte sortir du monde virtuel pour manifester contre le harcèlement sexuel. Un calvaire que subit au quotidien des millions de femmes marocaines. Entretien avec Majdouline Lyazidi, fondatrice du mouvement «Slutwalk Morocco/Women-shoufoush»

«Nous allons organiser une marche contre le harcèlement bientôt »

Pourquoi avoir désigné au départ votre mouvement, «marche des salopes» et pourquoi l’avoir changé par la suite ?
Après la Slutwalk de Toronto, toutes les grandes villes et pays se sont relayés pour marcher contre le harcèlement et la discrimination des femmes. Notre pays loin d’être étranger à ce triste phénomène se doit à son tour d’entendre la voix de ses femmes (et de ses hommes) las de cette sauvagerie qui va de pis en pis. Donc quand un pays ou une ville adopte l’appellation SW, c’est un signe de solidarité avec tous les mouvements portant le même nom à travers le monde et qui se battent contre l’abus physique, moral et verbal à l’égard des femmes. Ensuite chaque pays étant différent par sa langue et sa culture, et ne s’agissant pas uniquement de porter un label mais de véritablement transmettre un message, les mouvements sont libres d’adapter le nom au contexte dans lequel ils évoluent, c’est ce qui s’est passé avec nous, mais aussi avec les mouvements en Inde, au Brésil, Norvège…. Et puis il y a aussi le fait que nous voulions adapter notre initiative à notre société, il ne s’agit pas ici d’une «vulgaire» transposition d’un modèle occidental.

Que veut dire women-shoufoush?
Contraction entre le mot «woman» qui veut dire «femme» en anglais et le «shoufouch» qui renvoie à l’expression «wamanchoufoush» très largement utilisée dans nos rues pour interpeller des filles et des femmes. Si le mot Slutwalk peut laisser indifférent des Marocains qui ne parlent pas forcément l’anglais, nous sommes sûrs que le «wamanchoufoush» est familier à tous. De plus il renvoie directement au harcèlement sexuel dont est victime la gent féminine marocaine au quotidien.

Votre expérience personnelle a-t-elle quelque chose à voir avec votre engagement contre le harcèlement?
Et comment ! A partir du moment où je ne faisais plus «petite fille» c’est-à-dire vers l’âge de 11, 12 ans, on a commencé à me siffler, à me harceler dans la rue et à me suivre à toute heure de la journée. J’ai vingt ans aujourd’hui et la situation ne fait qu’empirer. J’ai gardé ce cri de colère en moi pendant des années, ce cri pour dire qu’il y en a plus qu’assez et je pense qu’il est temps pour moi de le libérer. Je sais que je ne suis pas la seule.

A votre avis, pourquoi le phénomène est si grave chez nous?
J’aimerais partager avec vous des propos qu’un jeune homme m’a servis lorsque pour repousser ses «avances», je lui avais demandé poliment d’aller vaquer à d’autres occupations que celle de me harceler. Il m’a répondu avec des propos d’un autre registre comme vous pouvez bien l’imaginer, disant qu’ici nous étions au Maroc, que j’étais une fille et que de ce fait je me ferais harceler durant toute ma vie, voire même pire. Et que je devrais subir ça en silence parce que telle est la réalité et que cette réalité ne changera jamais.

 

 

La marche des salopes
Majdouline Lyazidi

 

Collaborez-vous avec des associations féministes afin de faire entendre votre voix?
Pour l’instant les seuls autres mouvements avec qui nous avons établi un réel contact sont des Slutwalk d’autres régions (Toronto et Curitiba surtout) avec qui nous partageons nos expériences, ainsi que la «jeunesse estudiantine féminine» formé d’étudiants de l’ENCG de Casablanca. Ceci dit, nous n’excluons pas d’unir nos forces avec d’autres militants de la même cause si cela peut donner plus d’impact à nos actions.

Y a t-il d’autres mouvements marocains sur le web qui embrassent la même cause?
Oui tout à fait, de temps en temps d’ailleurs nous recevons des liens sur notre page vers d’autres groupes, que ce soit aussi général que le combat contre le harcèlement sexuel au Maroc ou des cas plus spécifiques tels que la signature de pétitions. On sent de plus en plus sur le net cette urgence de remédier à la situation actuelle.

Quand est-ce que vous pensez sortir votre mouvement du virtuel et organiser une marche?
Nous sommes actuellement entrain de travailler sur les documents qui nous permettrons d’obtenir une autorisation pour concrétiser la marche. Nous ne devrions pas tarder à communiquer une date.

 


Entretien réalisé par Hicham Houdaïfa
(24/09/2011)

 

 

 

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