Coloriste en herbe

C’est un jeune homme tout fin, souriant et discret. Casquette enfoncée jusqu’aux oreilles, blouson de survêtement, Ayoub Arafa se faufile dans Casablanca, où il est né en 1987, en ayant l’air d’y glisser furtivement. Mais son assurance, il l’affirme haut et fort dans ses toiles. Sa palette, il la veut franche. Les rouges sont vifs, les bleus profonds, les oranges tonnent sur des fonds noirs, blancs ou verts. Ses couleurs éclatent dans ses tableaux, pour composer de vives symphonies. Les dégradés ? Ayoub Arafa n’a pas de prédilection particulière pour eux. « J’en ai fait pour une commande, mais ce n’est pas ce que je préfère ».

Sa peinture, ce sont ses émotions qui la lui dictent. Ses matières aussi. Au gré des humeurs, il travaille la gouache, l’acrylique, la peinture à l’huile. Parfois aussi des sables de différentes couleurs. « J’aime bien les techniques mixtes », explique-t-il. Il y a un côté brut dans ses tableaux, peints sur toile ou sur bois.

Ayoub Arafa est autodidacte. A la fin du collège, il abandonne ses études pour se consacrer à sa passion. « Je dessine depuis que je suis tout petit. Mais ce qui m’a vraiment décidé, c’est une anecdote qui s’est passée quand j’étais à l’école primaire. L’institutrice avait demandé aux élèves de faire un dessin avec un chameau. J’ai demandé à mon père de le faire à ma place. En fait, j’ai mal vécu ça. Du coup, j’ai commencé à travailler, travailler le dessin pour me rattraper ! Et mon père a commencé à me ramener les couleurs ».

Tout jeune déjà, il préfère s’isoler pour dessiner plutôt que de rejoindre les enfants de Sidi Maârouf pour jouer au foot. Dès l’âge de 15 ans, il ose le travail sur toile. Un coup de foudre : il se met à peindre jour et nuit. Et il commence à se former. Comme il n’a pas le bac, les portes de l’Ecole des Beaux-Arts de Casablanca lui sont fermées. Mais Ayoub Arafa appartient à la génération internet. C’est là qu’il apprend. Quelques livres, mais surtout internet, lui font découvrir le cubisme. Il clame une admiration sans bornes pour Léonard de Vinci, dont la Joconde l’a bouleversé. Et bien sûr, Picasso.

En parallèle, il a repris des études. Après une année au Centre de formation professionnelle en mécanique, il s’oriente vers une formation de peintre décorateur à l’Institut spécialisé du bâtiment à Casablanca. Il y expérimente la peinture murale. Enfant d’un milieu modeste, il parle peu de lui. Ses confidences, c’est son travail. Des tableaux pleins de lumière et de vivacité, qui disent ses espoirs, sa volonté de s’en sortir. Par l’art.

A un magazine, il confiait : « Je peins ce que mon père écrit dans ses poèmes ». La beauté comme passion, l’art comme exutoire. Ayoub Arafa en est aujourd’hui à sa troisième exposition, à Casablanca et à Safi. Il a déjà signé 600 toiles, en a vendu quelques unes. Et il déborde d’images à venir…


1-Photo 1
« J’ai imaginé un robot dans l’espace. Il y a beaucoup de personnages dans un robot, comme autant de pièces détachées ».

2-Photo 2
« J’aime bien choisir un thème, et construire plusieurs tableaux dans un seul. Ici, j’ai pensé à la nature, avec la place, les montagnes. Il y a un homme en eau debout devant une montagne d’eau. Et il y a aussi les bidonvilles ».

3-Photo 3
Un univers onirique, où des personnages sont apparaissent dans la toile. « J’aime montrer des choses vivantes. Je ne cherche pas le symbolisme. L’abstrait, c’est pour moi le repos de l’esprit. Qu’on soit triste ou heureux, ça donne quelque chose ».

4-Photo 4
« Ici, c’est une médina, avec une menara et des symboles chleuh. On peut lire ce tableau comme une carte ».

5-Photo 5
« Là, j’ai insisté sur le dessin, l’architecture. Et j’ai fait un couple ».

6-Photo 6
« Là, ce sont deux époux et leurs enfants. Comme l’arbre de vie ».



En quelques dates
1984 : naissance à Casablanca
2002 : se consacre à la peinture
2007 : première exposition collective au Complexe culturel de Sidi Belyout à Casablanca
2008 : deuxième exposition collective à Aïn Borja, à Casablanca
Juillet 2011 : troisième exposition collective à l’Institut spécialisé du bâtiment


Kenza Sefrioui
(25/09/2011)

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