Syrie: 16 mois déjà

 

Depuis quelques semaines, l’attention des médias se focalise sur le soulèvement armé et sur les batailles que se livrent rebelles et forces du régime. Au fil des mois, les insurgés ont pris les armes, les soldats ont déserté les rangs de l’armée loyaliste pour gagner ceux de l’ASL, et la violence des combats a envahi nos écrans. La prégnance de ces scènes de guerre risque de nous faire oublier qu’une dynamique révolutionnaire pacifique fut à l’origine de l’insurrection, que cette revendication pacifique est profondément ancrée dans la société civile syrienne, qu’elle occupe une place déterminante dans l’issue du conflit actuel et que les mouvements pacifistes sont réels et persistent jusqu’à nos jours en Syrie. Ainsi du Cheikh Jawdat Said1, que ses compatriotes ont surnommé le « Gandhi syrien », grand penseur de la non-violence en islam, et de son combat pour une libération non-violente, ou encore de sa nièce Afra Jalabi, activiste non-violente et membre du Conseil National Syrien.

 

 

//Banias le début de la révolution

Comme le rappelle Leila Vignal dans un article publié fin juillet 2012(1), les acteurs de la révolte sont avant tout des citoyens syriens ordinaires qui se mobilisent dans l’espace public pour manifester pacifiquement contre le régime. Ce sont d’ailleurs eux qui, dans plus de 90% des cas, meurent sous les coups de la répression.(2) Depuis mars 2011, la contestation pacifique du pouvoir en place s’est étendue à l’ensemble du territoire syrien : il y avait le vendredi 17 juin 2011 une cinquantaine de manifestations pacifiques ; moins d’un an plus tard, le 1er juin 2012, les manifestations pacifiques étaient au nombre de 939 dans le pays.

Preuve, s’il en faut, de la « blancheur » de la révolte à ses débuts : c’est par des mots d’enfants que tout a commencé. Leur crime fut d’avoir inscrit sur les murs de leur école les slogans révolutionnaires, entendus à la télévision, clamés par les foules tunisiennes et égyptiennes. Arrêtés par les services de sécurité, ils furent cruellement torturés. En guise de punition, leurs ongles furent arrachés. Les cortèges de leurs parents indignés se formèrent à Dar’a. C’était le 13 mars 2011. Deux jours plus tard, se dressant contre l’injustice, la jeune Marwa al-Ghamiyan se drapa d’un large drapeau syrien et se mit à scander le mot « LIBERTE » devant la mosquée des Omeyyades. Arrêtée, incarcérée, elle devint l’une des figures de proue de la révolution syrienne. Il y eut le « Vendredi de la dignité » à Damas, puis à Alep, Homs, Hama, Banyas… Jour après jour, vendredi après vendredi, les manifestations se propagèrent dans le pays. Les manifestants, parfois le torse nu, parfois brandissant du pain ou des rameaux d’olivier n’avaient pas d’autres armes que leur voix et leurs mains levées. Ils étaient des milliers. Ils chantaient. Ils dansaient. Ils tombaient.


16 mois de révolte déjà. Au cours desquels le régime aurait arrêté plus de 216 000 personnes. Les médias officiels qualifient ces prisonniers de « dangereux terroristes ».(3) Ces personnes n’ont bien sûr pas d’avocat, elles ne peuvent communiquer avec l’extérieur, beaucoup d’entre elles ont subi la torture, des conditions de détention inhumaines.

 


 

Florence Ollivry

02/09/2012

 

1) -  http://www.jawdatsaid.net

2) -L. VIGNAL, « Syrie, anatomie d’une révolution », 27/07/2012, www.laviedesidées.fr cite les Comités Locaux de Coordination syriens.

3) -91% des morts recensés par le site syrianshuhada.com sont des victimes civiles.  SRCC, Syrian Daily Round-up, 20 july 2012

 

 

 

 

 

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