Ben Brick, le journaliste errant

 

Ecrivain et journaliste tunisien, Ben Brik fait ses premières armes dans La Presse Soir , un journal gouvernemental. Son ton est jugé trop libre et il n'y fera donc pas long feu. Il collaborera ensuite au Maghreb , hebdomadaire suspendu depuis.

 

Ben Brick, le journaliste errant
Ben Brik

 

Commence alors ce qu'il appelle son errance journalistique. Ben Brik écrit dans divers médias étrangers et récolte au passage des distinctions internationales et des harcèlements judiciaires dans son pays.
Le 22 janvier dernier, il devait quitter Tunis et se rendre à Alger pour présenter son tout nouveau livre, Je ne partirai pas , paru aux Editions Chihab en Algérie, mais effectivement il ne partira pas. Pour éviter un incident diplomatique, la rencontre littéraire, organisée par le centre culturel français et la maison d'édition algérienne, est annulée. A cette occasion, APN a interviewé cet agitateur qui voudrait être le « Maradona du journalisme tunisien ».

APN : Vous avez récemment déclaré que l'Algérie devenait un duplicata de la Tunisie. Aviez-vous en tête la situation de la liberté de la presse?
Taoufik Ben Brik : Je pensais à la liberté tout court. Il était illusoire de penser que l'Algérie puisse devenir un jour un pays libre avec à la tête du pays un Bouteflika et des généraux qui maintiennent le pays sous une chape de plomb. L'Algérie est une contrefaçon de la Tunisie où au moins la situation ne prête pas à ambiguïté. Le régime algérien permet par exemple à Al Watan de s'exprimer un peu mais dès que quelqu'un, comme Mohamed Benchicou, va plus loin, on le met en prison.
Comme dans tous les pays arabes, la liberté n'a existé que dans les temps préislamiques. Je ne dis pas que la religion y soit pour quelque chose mais je pense que les raisons à cela tiennent à la géographie plutôt qu'à l'histoire. Nous sommes au sud de la liberté.

APN : Est-ce en raison du contenu de votre ouvrage que vous n'avez pas pu vous rendre en Algérie ou est-ce plus votre passé que l'on vous reproche?
TB : C'est la solidarité entre régimes arabes qui s'exprime. Les autorités tunisiennes ont demandé à leurs homologues en Algérie de ne pas autoriser ma venue. Bouteflika a lui-même dit que je n'étais pas le bienvenu en Algérie.

APN : Dans quels journaux parvenez-vous encore à vous exprimer aujourd'hui?
TB : Je suis un journaliste errant. J'écris là où je peux dans les colonnes des journaux qui me permettent d'écrire. Sachant que même les journaux français se referment de plus en plus. Même le directeur de Charlie Hebdo a dit de moi qu'il n'aimerait pas être mon rédacteur en chef. Mes articles ont été publiés dans plusieurs journaux français mais au bout d'un moment on n'en veut plus... après tout la Tunisie, qui n'a pas de pétrole, n'est que quantité négligeable en termes géopolitiques. Quant à la presse panarabe, elle ne veut pas prendre le risque en me publiant d'être confrontée à la censure. C'est pourquoi j'écris parfois des livres mais ils sont interdits en Tunisie.

APN : Comment voyez-vous l'évolution de la situation?
TB : Je crois que je vais mourir avant que mes enfants n'aient pu vivre un zeste de liberté. Je ne suis pas pessimisme mais le plus réaliste du monde.

 


Arab Press Network, le 25 janvier 2008

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